Plus de 1 500 migrants ont franchi illégalement la frontière de l'enclave espagnole de Ceuta, dans le nord du Maroc, au cours des derniers jours, a annoncé jeudi le président de la ville autonome, Juan Vivas. L'afflux, principalement composé d'hommes et d'adolescents, se poursuit alors que plusieurs centaines de personnes supplémentaires tentaient d'entrer ce même jour. Neuf migrants sont morts en tentant de rejoindre Ceuta à la nage, selon les autorités régionales.
Un afflux inédit depuis 2021
Il s'agit du plus important mouvement migratoire vers Ceuta depuis mai 2021, lorsque plus de 10 000 personnes avaient rejoint l'enclave en deux jours. Jeudi, des véhicules transportant de nombreux jeunes, dont des mineurs, ont été observés à une quinzaine de kilomètres de Fnideq, se dirigeant vers la frontière. D'autres migrants empruntaient des chemins secondaires à pied pour contourner les barrages de la gendarmerie marocaine. L'un d'eux a déclaré avoir pris la route après « avoir entendu que la frontière avait été ouverte au poste-frontière de Bab Sebta ».
Neuf morts et des centres d'accueil saturés
Les neuf décès par noyade portent le bilan humain de cette crise à un niveau alarmant. Les centres d'accueil de Ceuta sont « débordés et saturés », a prévenu Juan Vivas, qui évoque une urgence « absolue ». Le rythme des arrivées atteint environ 200 personnes par jour, a-t-il précisé. Face à cette situation, le gouvernement espagnol a annoncé le déploiement de soldats pour renforcer la sécurité. La Garde civile recevra l'appui de 70 agents supplémentaires, s'ajoutant aux 80 déjà présents. Des plongeurs et des navires des garde-côtes seront également mobilisés. Le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, doit se rendre à Ceuta vendredi pour suivre l'évolution. Il a salué la « coopération exemplaire » avec le Maroc et indiqué que les deux pays mettraient en œuvre « des mesures pour le transfert vers le Maroc dès que possible de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta ».
Réactions politiques : l'Italie appelle à suspendre l'Espagne de Schengen
L'afflux a provoqué des réactions vives en Europe. La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a dénoncé des « images choquantes » et s'est dite favorable à une suspension de l'Espagne de l'espace Schengen, rejoignant une déclaration similaire du ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani. Madrid a répliqué par la voix du ministre des Affaires étrangères, José Luis Albares, qui a jugé ce message « inapproprié » de la part « d'un pays partenaire et ami dont nous attendons une solidarité européenne et non une démagogie partisane ». L'ambassadeur d'Italie en Espagne a été convoqué. En Espagne, le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a dénoncé « une situation désespérée » et « une crise de sécurité nationale ». Les autorités marocaines n'avaient pas réagi dans l'immédiat.
Ce nouvel épisode migratoire met sous tension les dispositifs d'accueil et de contrôle aux frontières de l'Union européenne, alors que les discussions sur la réforme de la politique migratoire commune restent en suspens. Le gouvernement espagnol insiste sur la nécessité d'une réponse coordonnée avec le Maroc, pays clé dans la gestion des flux.



