Été 2001 : Jospin et la gauche plurielle face au crépuscule
Été 2001 : Jospin et la gauche plurielle face au crépuscule

L'été 2001 restera comme le dernier été de Lionel Jospin à Matignon et de la gauche plurielle. Alors que la France profite des vacances, le Premier ministre socialiste et sa coalition gouvernent encore, mais l'ombre de la présidentielle de 2002 plane déjà. Cet été marque un tournant : les tensions internes, les affaires et les rivalités annoncent la fin d'un cycle politique.

Un été de tous les dangers pour la majorité plurielle

Au cœur de l'été 2001, Lionel Jospin est affaibli. Les affaires (comme celle de la Mnef ou du Crédit lyonnais) et les dissensions au sein de la gauche plurielle (PS, PCF, Verts, PRG, MDC) minent la confiance. Les partenaires de la coalition, notamment les Verts et le PCF, critiquent ouvertement la politique menée, tandis que les sondages montrent un Jospin distancé par Jacques Chirac pour la présidentielle à venir.

Selon un sondage IFOP publié en juillet 2001, seuls 37% des Français se déclaraient satisfaits de l'action de Lionel Jospin, contre 48% pour Jacques Chirac. Les divisions sur les 35 heures, l'avenir de l'Europe ou encore la Corse fragilisent l'unité de la majorité plurielle.

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Les vacances de la discorde : Jospin et la Corse

Le dossier corse empoisonne l'été. Le processus de Matignon, lancé en 2000, prévoit une expérimentation d'une assemblée unique et d'un statut particulier pour l'île. Mais l'accord est rejeté par une partie de la droite et par certains élus locaux. Le 6 juillet 2001, un référendum local sur le processus est organisé en Corse : le « non » l'emporte avec 51% des voix, un camouflet pour Jospin qui avait appelé à voter « oui ».

Cet échec affaiblit le Premier ministre et nourrit les critiques en interne. Les Verts, par la voix de Dominique Voynet, et le PCF, avec Robert Hue, prennent leurs distances. La gauche plurielle semble ne plus parler d'une seule voix.

Les affaires qui éclaboussent l'été

L'été 2001 est aussi marqué par la révélation de l'affaire du sang contaminé (procès en appel) et par l'instruction de l'affaire Elf, qui éclabousse des proches du pouvoir. Le 26 juillet, la cour d'appel de Paris rend son verdict dans le procès du sang contaminé : les anciens ministres Edmond Hervé et Laurent Fabius sont relaxés, mais la polémique enfle. Jospin, qui était ministre de la Santé de 1988 à 1991, est indirectement mis en cause.

Ces affaires entament l'image de probité du gouvernement et donnent des arguments à l'opposition. Le RPR et l'UDF attaquent quotidiennement l'exécutif, tandis que les médias relaient les polémiques.

La rentrée politique s'annonce sous tension

Dès la fin août, les prémices de la rentrée s'annoncent agitées. Les syndicats appellent à une mobilisation contre le projet de réforme des retraites (le rapport Charpin préconise un allongement de la durée de cotisation). Le gouvernement, divisé, tergiverse. Le 4 septembre, une journée de grève interprofessionnelle rassemble plus d'un million de manifestants dans toute la France, un signe de la défiance sociale.

Lionel Jospin, qui a annoncé sa candidature à la présidentielle dès le 2 février 2002 (officiellement), doit faire face à une gauche fragmentée. Les écologistes présentent une candidate, Noël Mamère, et la gauche de la gauche (Arlette Laguiller, Olivier Besancenot) monte dans les sondages.

L'héritage de l'été 2001

Cet été 2001 apparaît rétrospectivement comme le chant du cygne de la gauche plurielle. La cohabitation avec Jacques Chirac, qui avait commencé en 1997, s'achève dans la douleur. Le 21 avril 2002, Lionel Jospin est éliminé dès le premier tour de la présidentielle, un séisme politique. La gauche plurielle vole en éclats, et le PS doit se reconstruire.

Comme l'analyse l'historien Jean Garrigues, « l'été 2001 a été le moment où tout s'est joué : les divisions, les affaires et la lassitude ont eu raison d'une expérience politique qui avait pourtant incarné l'espoir de la gauche à la fin des années 90 ».

Cet été-là, la France a vécu les dernières semaines de l'ancien monde, celui des cohabitations et des grandes coalitions, avant l'ère des primaires et des mouvements politiques.

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