La Cour suprême russe a interdit ce lundi 10 août au parti antiguerre Iabloko de participer aux élections législatives de septembre en Russie. Cette décision invalide la liste de la seule formation libérale encore active, privant l’opposition d’une tribune.
Une décision qui fait droit à un parti nationaliste
La juridiction a ainsi fait droit à la demande d’un parti nationaliste favorable au Kremlin, privant les électeurs opposés au conflit en Ukraine qui dure depuis quatre ans et demi de la possibilité de réclamer via leur bulletin de vote d’y mettre fin. « Les demandes d’annulation de l’enregistrement » de la liste des candidats de Iabloko (« Pomme » en russe) en vue du renouvellement de la Douma d’État, la chambre basse du Parlement russe, « ont été acceptées », a déclaré le juge Viatcheslav Kirillov.
Mobilisation devant la Cour suprême
Une centaine de sympathisants de ce parti, pour la plupart des jeunes, se sont rassemblés devant le siège de la Cour suprême, scandant « Honte ! Honte ! », après la lecture du jugement. S’adressant à eux à l’issue de l’audience, le chef de Iabloko, Nikolaï Rybakov, a annoncé que cette formation politique ferait appel de la décision. « Un long chemin nous attend et nous avons une tâche vaste et importante : mettre fin aux morts et ramener la paix », a-t-il ajouté. « Tout ce que nous faisons doit y être consacré », a encore dit M. Rybakov.
Un parti affaibli mais symbolique
La plupart des opposants au président Vladimir Poutine sont emprisonnés, en exil ou morts, et Iabloko est le seul parti libéral encore en activité en Russie. Celui-ci a reçu le soutien de plusieurs personnalités de l’opposition vivant désormais à l’étranger, dont Ioulia Navalnaïa, la veuve de l’opposant Alexeï Navalny, tous deux classés dans la catégorie des « extrémistes » en Russie.
Un sondage réalisé plus tôt cette année créditait Iabloko de seulement 3 % des intentions de vote, un score inférieur au seuil de 5 % nécessaire pour entrer à la Douma. Sur fond de renforcement par le Kremlin de son contrôle sur les élections, Iabloko n’a pas obtenu de sièges à la Douma depuis 2003.
Un contexte de répression accrue
Cette interdiction s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement du régime russe à l’égard de toute opposition, alors que le conflit en Ukraine se prolonge. Les partis politiques critiques du pouvoir sont progressivement éliminés du paysage électoral, réduisant les options pour les électeurs souhaitant exprimer un vote contestataire. La décision de la Cour suprême pourrait avoir des répercussions sur la légitimité des prochaines élections législatives, déjà critiquées par la communauté internationale pour leur manque de transparence.



