À quatre mois du premier tour de l'élection présidentielle de 2027, les questions économiques s'imposent comme le principal terrain de confrontation entre les candidats. Selon un sondage Ifop réalisé pour « Les Échos » fin août, 62 % des Français citent le pouvoir d'achat comme leur première préoccupation, devant la santé (54 %) et l'immigration (48 %). Cette hiérarchie des priorités pousse les états-majors à ajuster leurs discours et leurs propositions.
Une campagne placée sous le signe de la contrainte budgétaire
Le contexte budgétaire contraint fortement les programmes. La dette publique française atteint 3 300 milliards d'euros, soit 112 % du PIB, et les agences de notation surveillent de près la trajectoire des finances publiques. Le Haut Conseil des finances publiques a estimé dans son dernier avis que le déficit public devrait atteindre 5,8 % du PIB en 2026, un niveau supérieur aux prévisions du gouvernement.
Face à cette situation, plusieurs candidats ont dû revoir leurs ambitions. À gauche, la candidate socialiste annonce un plan d'investissement de 200 milliards d'euros sur cinq ans, financé par une réforme fiscale visant les plus hauts revenus. À droite, le candidat Les Républicains propose une baisse des impôts de 15 milliards d'euros, compensée par une réduction des dépenses publiques de 30 milliards. Le camp macroniste, mené par le Premier ministre sortant, met en avant un « pacte de responsabilité » avec les entreprises, promettant une stabilité fiscale en échange d'engagements sur l'emploi.
La réindustrialisation, thème consensuel mais divergences sur les moyens
La réindustrialisation du pays fait l'objet d'un relatif consensus. Tous les principaux candidats appellent à renforcer la souveraineté industrielle, notamment dans les secteurs de la santé, de l'énergie et du numérique. Le débat porte sur les moyens : aides publiques, commandes publiques, ou protectionnisme assumé. Le Rassemblement national propose un « bouclier protectionniste », avec des taxes aux frontières et des marchés publics réservés aux entreprises européennes.
Les économistes consultés par les équipes de campagne pointent toutefois les limites de ces approches. Selon une note de l'OFCE publiée en juillet, la réindustrialisation ne pourra se faire sans une amélioration de la compétitivité-coût, qui passe par une modération salariale ou une baisse des charges. Un scénario politiquement difficile à vendre en période de campagne.
Le pouvoir d'achat, angle d'attaque privilégié de l'opposition
Le pouvoir d'achat reste l'angle d'attaque privilégié de l'opposition. La France insoumise propose un blocage des prix sur les produits de première nécessité et une hausse du SMIC à 1 600 euros net. Les Écologistes mettent l'accent sur la transition énergétique, avec des aides à la rénovation thermique et un chèque énergie revalorisé. Ces mesures, chiffrées par les équipes, se heurtent à la réalité des finances publiques.
Les associations de consommateurs, comme l'UFC-Que Choisir, appellent à des mesures structurelles plutôt que conjoncturelles. « Il faut agir sur la concurrence et les marges des entreprises, pas seulement sur les aides directes », explique son président dans un entretien récent. Une position qui rejoint les recommandations de l'Autorité de la concurrence, qui a pointé les secteurs où la concurrence est insuffisante.
La question de la dette et des retraites s'invite dans le débat
La question des retraites, pourtant au cœur du précédent quinquennat, est revenue dans la campagne. Le report de l'âge légal à 64 ans est contesté par une partie de la classe politique, mais les différents scénarios de financement restent flous. Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a rappelé dans son rapport annuel que le système resterait déficitaire à l'horizon 2030, sauf réforme.
Les candidats peinent à trancher entre maintien de la réforme, abrogation ou ajustement. La candidate socialiste propose un retour à 62 ans, financé par une contribution des hauts revenus. Le RN propose une prise en compte des carrières longues, sans revenir sur l'âge légal. Le camp présidentiel défend le statu quo, tout en promettant une « conférence de financement » après l'élection.
Cette campagne économique s'annonce donc comme un exercice d'équilibriste entre promesses et réalisme budgétaire. Les prochains débats télévisés, prévus en septembre, devraient permettre de clarifier les positions. Selon un sondage BVA pour « La Tribune Dimanche », 71 % des Français estiment que les candidats ne sont pas assez précis sur le financement de leurs propositions. Un signal que les états-majors ont reçu, eux qui peaufinent leurs chiffrages dans l'urgence.



