L’aspirant président, le peuple vivant et sa quarantaine de rois morts. La basilique cathédrale de Saint-Denis et sa nécropole royale, lieu de mémoire française, ont vu défiler ces habitués du pouvoir, habités par la longue Histoire. Et nourrit ce qui n’est qu’une légende : cette dernière, consacrée par Le Promeneur du Champ-de-Mars (Robert Guédiguian, 2005), narre François Mitterrand - interprété par Michel Bouquet - posant sa main sur ces têtes couronnées des gisants de Saint-Denis. Les responsables du lieu de culte et le curé de l’époque avaient bien fini par démentir le récit selon lequel “le Sphynx” se recueillait régulièrement en ces lieux, mais le mythe demeure.
Une visite symbolique
Fin mai 2026, Jean-Luc Mélenchon s’est rendu sur place, accompagné de sa coterie. Quinze ans plus tôt, pour sa première campagne présidentielle, l’ancien sénateur socialiste avait déjà donné dans ce syncrétisme français - la scène racontée dans un article et un ouvrage - caressant les tombeaux des rois de France. Sans doute pense-t-il y trouver ses forces de l’esprit. Cette visite s’inscrit dans une tradition politique où les candidats cherchent à s’ancrer dans l’histoire nationale, bien que la basilique soit un lieu chrétien et républicain.
Un mythe tenace
La légende de Mitterrand se recueillant sur les tombes royales a été alimentée par le film et des récits médiatiques, mais démentie par les autorités ecclésiastiques. Pourtant, elle continue d’inspirer les hommes politiques, comme Mélenchon, qui y voient un geste de connexion avec le passé. La nécropole abrite les dépouilles de près de quarante rois, reines et princes, faisant de Saint-Denis un symbole de la monarchie française, mais aussi de la République qui l’a transformée en musée.
Cette quête de légitimité historique n’est pas nouvelle : d’autres personnalités politiques ont effectué des pèlerinages similaires, cherchant à capter un héritage spirituel. Pour Mélenchon, ce geste pourrait renforcer son image de rassembleur au-delà des clivages partisans, tout en rappelant son intérêt pour les symboles nationaux. Reste à savoir si le mythe survivra à cette nouvelle visite, ou si les démentis finiront par l’éteindre.



