Une conférence de presse triée sur le volet suscite la polémique
Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a organisé lundi 23 février une conférence de presse qualifiée de "réservée aux médias numériques alternatifs", un événement auquel des organes de presse traditionnels comme Le Monde, Franceinfo, l'Agence France-Presse, TF1, Libération ou L'Express n'ont pas pu assister, leurs demandes d'accréditation étant restées sans réponse ou ayant été refusées.
Reporters sans frontières dénonce une atteinte au droit à l'information
Dans la journée du mardi 24 février, l'ONG Reporters sans frontières (RSF) a vivement réagi à cette initiative. Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, a estimé dans une déclaration transmise à l'AFP que "permettre à un responsable politique de choisir les journalistes autorisés à couvrir un événement d'intérêt général, c'est directement porter atteinte au droit à l'information des citoyens". L'organisation a rappelé que "quels que soient les griefs contre tel ou tel média formulés par M. Mélenchon, une seule boussole doit prévaloir : celle du journalisme – son honnêteté, son indépendance, son pluralisme".
RSF a ainsi appelé "l'ensemble des forces politiques à respecter sans réserve le travail des journalistes et l'accès, pour toutes et tous, à une information libre et pluraliste". Cette prise de position intervient alors que Jean-Luc Mélenchon avait justifié son initiative en affirmant vouloir "faire œuvre utile en invitant une conférence de presse réservée aux médias numériques alternatifs".
La défense des "insoumis" et un nouveau format pour la présidentielle
Face à ces critiques, les représentants de La France insoumise ont défendu leur approche. Louis Boyard, député LFI du Val-de-Marne, a déclaré lors du point presse hebdomadaire du groupe des députés insoumis : "Vous passez votre temps à exclure le peuple français des médias. Nous, on organise des espaces qui nous permettent de parler à ces nouveaux médias qui incarnent le peuple. Et on continue dans le même temps à parler à l'officialité médiatique."
Le député a par ailleurs annoncé que ces conférences de presse réservées à des "médias numériques alternatifs" constituaient "un nouveau format qu'on installera tout au long de la présidentielle". Boyard a précisé souhaiter que les "nouveaux médias de droite" – "sauf l'extrême droite" – y participent, car "cela donne de la crédibilité", tout en assurant que "on n'attend pas que les gens posent uniquement des questions qui font plaisir".
Contexte politique tendu pour La France insoumise
Cette polémique médiatique survient dans un contexte particulièrement sensible pour le mouvement insoumis. La semaine du 16 au 22 février avait en effet été marquée par une tempête politique et médiatique suite à l'arrestation et la mise en examen pour "complicité de meurtre" de Jacques-Elie Favrot, qui était au moment de la mort de Quentin Deranque, militant d'extrême droite radicale, collaborateur parlementaire du député Raphaël Arnault (LFI).
Lors de sa conférence de presse du lundi, Jean-Luc Mélenchon avait critiqué avec virulence le traitement médiatique réservé à la mort de Quentin Deranque et les mises en cause de son mouvement qui avaient suivi cet événement. Cette prise de position s'inscrivait dans une stratégie de communication visant à contrer ce que les insoumis perçoivent comme un traitement médiatique défavorable.
Cette affaire illustre les tensions croissantes entre certains responsables politiques et les médias traditionnels, ainsi que l'émergence de nouvelles stratégies de communication politique qui cherchent à contourner les canaux médiatiques établis au profit de supports considérés comme plus favorables ou plus proches de certaines franges de l'opinion publique.



