Meloni bat le record de longévité gouvernementale en Italie
Meloni bat le record de longévité en Italie

Le gouvernement dirigé par Giorgia Meloni franchit ce vendredi le cap des 1.413 jours consécutifs au pouvoir, devenant ainsi l'exécutif le plus long de l'histoire de l'Italie d'après-guerre, dépassant le deuxième gouvernement Berlusconi. Cette performance exceptionnelle survient dans un pays qui a connu 68 gouvernements au cours des 80 dernières années. Depuis 2022, alors que la France a vu se succéder cinq locataires de Matignon, Meloni et ses alliés visent désormais la victoire aux élections législatives d'octobre 2027.

Une coalition soudée malgré les pronostics

À son arrivée à la présidence du Conseil en 2022, les analystes prédisaient une crise rapide due aux divergences entre Fratelli d'Italia, la Lega et Forza Italia. Pourtant, cette coalition des droites parvient à maintenir une cohésion et une discipline rares dans l'histoire de la Botte, malgré des crises ponctuelles.

« En faisant le contraire de son programme très conservateur et antieuropéen, en suivant une ligne économique modérée, Meloni est devenue une sorte de personnage neutre qui offre une stabilité aux marchés », estime Fabien Gibault, enseignant à l'université de Bologne. La confrontation avec Bruxelles, espérée ou redoutée dans le pays, n'a pas eu lieu. « Quand il n'y a plus d'argent, on devient forcément pragmatique avec l'Union européenne », résume l'universitaire résidant en Italie.

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Une gouvernance prudente et pragmatique

Accusée d'immobilisme, la dirigeante, forte de trente ans d'expérience politique italienne, gouverne avec prudence. « Giorgia Meloni a compris que durer supposait de ne pas chercher à appliquer brutalement tout son programme, souligne le journaliste Franck Iovene, ancien correspondant pour l'AFP en Italie. Elle hiérarchise, diffère certaines réformes, renonce ou adapte certains engagements lorsqu'ils risquent de déstabiliser la coalition ou l'économie. »

Cette approche pragmatique a permis à la coalition de rester crédible auprès de son électorat, de Bruxelles et des marchés financiers. Cependant, la question de la transformation structurelle du pays reste posée.

La bataille pour l'hégémonie culturelle

C'est sur le terrain des institutions et de l'identité que l'empreinte de Meloni et ses alliés est la plus nette, incarnant un changement politique et symbolique. « La rupture est évidente dans son discours sur la nation, l'identité, la famille, l'immigration ou les questions culturelles », liste Franck Iovene, qui rappelle que la dirigeante « revendique une lecture beaucoup plus conservatrice de la société italienne. »

À la tête de Fratelli d'Italia, héritier politique du Mouvement social italien (MSI), fondé par d'anciens fidèles de Benito Mussolini, Meloni combat ce qu'elle qualifie d'« hégémonie culturelle de la gauche ». Cette ambition s'est traduite par un renouvellement à la tête des grands opérateurs publics, notamment l'audiovisuel public (RAI), où plusieurs démissions de journalistes et animateurs vedettes ont accompagné la nomination de cadres conservateurs. Au ministère de la Culture, les règles d'attribution des postes dans les grands musées et opéras ont été modifiées pour privilégier les profils nationaux. La majorité restreint également les critères d'attribution des subventions publiques au cinéma.

« Chaque jour, à bas bruit, on ajoute une petite pierre à l'édifice de la construction fascisante d'une société qu'on souhaiterait avoir », selon Fabien Gibault, avec « un vœu de contrôle total de l'opinion publique ». Au quotidien, il s'agit de silences ou de petits coups de boutoir pour réécrire l'histoire du pays, notamment sur le fascisme, au détour d'expositions, de documentaires ou de livres. Cette transformation « de manière progressive et diffuse passe par les thèmes valorisés, le vocabulaire utilisé et la légitimation d'une autre lecture de l'identité italienne, abonde Franck Iovene, et vise à modifier la manière dont l'Italie se raconte elle-même. »

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Vers les élections d'octobre 2027

En attendant les élections législatives d'octobre 2027, et alors que l'opposition est « en ruine », Fabien Gibault prédit une victoire de Meloni et ses alliés, « sauf énorme surprise… mais l'Italie est habituée aux surprises en politique ». Cependant, il relève que Meloni ne domine plus à l'extrême droite. « Si Meloni garde un électorat solide, sa frange la plus dure, néofasciste, post-fasciste se sent déçue voire trahie par sa politique, et s'intéresse à un candidat encore plus radical, Roberto Vannucci ». La formation de ce général, Futuro Nazionale, obtient, selon des derniers sondages BiDiMedia et SWG, 7,5 % de voix favorables, dépassant l'historique Forza Italia. Selon Fabien Gibault, l'arrivée de cette figure populiste va obliger Meloni à clarifier sous peu ses positions et potentiellement décevoir, après « quatre ans de grand écart entre les plus conservateurs et les modérés. »

« Giorgia Meloni a démontré qu'un gouvernement italien pouvait durer, maintenir une coalition relativement cohérente et rester crédible simultanément auprès de son électorat, de Bruxelles et des marchés », résume Franck Iovene. Mais, souligne-t-il, « la vraie question est de savoir si cette stabilité politique se traduira par une transformation structurelle du pays. C'est ce qui déterminera rétrospectivement le sens de cette longévité ».

Parmi les fragilités du pays, la lourdeur de la dette, la précarité des emplois avec une hausse des contrats courts, une démographie très défavorable avec moins de 370.000 naissances en 2024, et l'exil d'une partie de la jeunesse italienne. À l'image de Ciro, originaire de la banlieue du nord-ouest de Naples. « On est la " génération 1.000 euros " (du nom d'un best-seller paru en 2006), diplômée, abonnée aux stages et aux contrats courts. Sauf que cela n'a pas changé avec les années. Et il n'y a pas de salaire minimum », regrette le quarantenaire. Rémunéré au noir dans une entreprise d'ingénierie pendant près de dix ans, il a quitté la Campanie pour la région parisienne, un emploi déclaré et mieux rémunéré. Selon l'agence italienne des statistiques (Istat), en dix ans, entre 2013 et 2022, 352.000 jeunes âgés de 25 à 34 ans ont quitté le pays, dont plus d'un tiers de diplômés.