Pour le fondateur de Place publique, il est impératif que la gauche démocratique et écologiste redonne un espoir aux Français et propose une alternative à la vague nationale-populiste qui menace de déferler. C'est le credo de celui qui prétend rassembler la gauche non mélenchoniste.
Un patriotisme de gauche pour 2026
« La fierté française, aujourd'hui blessée, est la base de tout, assure Raphaël Glucksmann dans son livre "Nous avons encore envie", profession de foi patriotique dont nous publions des extraits exclusifs. La gauche l'a trop longtemps ignorée ou méprisée. Nous allons la célébrer, la nourrir, la chanter. Nous reprendrons la flamme nationale au parti qui l'usurpe depuis des décennies. » Et le futur candidat de proposer un audacieux « contrat patriotique » à ses compatriotes.
Un contrat fondé sur l'éducation et le service civique
Fondée sur le primat de l'éducation – il s'agit de « sauver et relever l'école publique » –, cette alliance devrait selon lui comporter autant de droits que de devoirs. A commencer par un service civique universel obligatoire pour les jeunes, d'une durée de dix mois, susceptible de rétablir un brassage social et de « renouer le lien distendu entre chaque Français et la France ». Iconoclaste, cette volonté de réaffirmer un patriotisme de gauche rappelle la campagne bleu-blanc-rouge de Ségolène Royal en 2007.
Souveraineté écologique et européenne
Sans le nommer, le député européen emprunte aussi à Jean-Pierre Chevènement sa défense de la souveraineté technologique, militaire et industrielle. Mais dans son cas, la réindustrialisation se veut écologique et sa conception de l'intérêt national, ouverte. Le redressement de la France qu'il souhaite va de pair avec la construction d'une Europe puissance à même de faire face aux visées des empires, qu'ils soient américain, chinois ou russe.
L'égalité républicaine contre le communautarisme
Sans nommer l'ennemi, cette conception de la patrie s'inscrit en faux contre la doctrine de Jean-Luc Mélenchon. A l'orientation communautariste et racisée de la « nouvelle France », Raphaël Glucksmann oppose implicitement l'égalité républicaine et « le projet émancipateur » de la laïcité. A l'euroscepticisme du leader insoumis et à sa complaisance vis-à-vis des régimes autoritaires de Poutine et Xi Jinping, il répond par l'exemple historique d'un Jaurès « qui milite pour la paix » mais « conçoit la nécessité d'une guerre patriotique et exhorte à s'y préparer activement ».
Une gauche du réel, de Mendès France à Delors
La gauche réformatrice que le fondateur de Place publique revendique est celle du réel, celle qui va de Pierre Mendès France à Jacques Delors. Celle qui organiserait une convention citoyenne sur l'immigration et se préoccuperait de sécurité publique tout en engageant une réforme des retraites adaptée aux bouleversements démographiques et en mettant à contribution les héritiers. « Ce qui soude une République, c'est la lutte contre les inégalités de naissance, la redistribution des richesses créées, la conscience de partager le même destin et d'obéir à des règles identiques, pas la mystique du "ruissellement" », écrit Glucksmann qui entend bien ne pas être confondu avec Macron le libéral.
Les défis à relever pour Glucksmann
Jusqu'où ira Raphaël Glucksmann ? Doté d'un projet mais privé pour l'heure de soutien partisan et financier, il lui faut maintenir sa cote avantageuse dans les sondages s'il veut parvenir à se déclarer officiellement candidat en septembre prochain. Restera à accomplir le plus épineux : obtenir le ralliement de tout ou partie des socialistes et des écologistes pour rompre son isolement et incarner vraiment une alternative à mi-distance de La France insoumise et du centre droit macroniste. En lançant une sorte de défi implicite : s'ils aspirent eux aussi à occuper cet espace, que les concurrents de Glucksmann fassent mieux.



