Édouard Philippe, victorieux au Havre, se projette déjà vers la présidentielle
Édouard Philippe, du Havre à la présidentielle

Édouard Philippe, du Havre à la présidentielle : une victoire qui change tout

Une élection n’est jamais gagnée d’avance. Alors que ces municipales ont vu trébucher nombre de maires installés et figures locales, souvent victimes d’un excès de confiance, tel ne fut pas le cas d’Édouard Philippe. L’ancien chef de gouvernement a mené campagne au Havre avec une énergie de jeune premier, ne négligeant aucun détail, des réunions d’appartement aux déjeuners avec les têtes de réseau locales. À ceux qui, depuis Paris, tentaient d’anticiper la préparation de l’après-scrutin, l’édile opposait systématiquement une fin de non-recevoir : « On parlera de tout ça lundi une fois les élections passées, mon poulet. »

Un sacre havrais aux répercussions nationales

Lundi est arrivé, et le sacre havrais a produit les effets escomptés. D’abord un fait politique majeur : Édouard Philippe est le seul présidentiable du bloc central à avoir remporté une mairie. Cette dynamique locale lui offre un élan sur le plan national, le propulsant dans une nouvelle phase de sa campagne présidentielle. Interrogé sur le bon moment pour accélérer, il répond avec prudence : « Je gagne nettement dans une ville populaire à la sociologie particulière, dans un scrutin où toute la gauche est unie contre moi, des Radicaux à La France Insoumise. Ces élections au Havre, pour moi, ne changent rien et changent tout. Je vais continuer à faire les choses telles que je les sens. » Son fidèle bras droit, Gilles Boyer, ajoute : « Sa victoire au Havre, c’était sa primaire à lui, et c’est un très bon signe pour la suite. »

La stratégie de rassemblement face aux extrêmes

La victoire propulse sa candidature. « Édouard Philippe a désormais un coup à jouer. Il était 100 % havrais, il ne faut plus l’être. Maintenant, c’est “Qui m’aime me suive” », presse un ponte de la droite. Dans son équipe, on anticipe une consolidation de sa micro-remontada, décourageant ainsi des adversaires déclarés ou non. Alors que certains l’enterraient, le Havrais est de nouveau perçu comme le grand favori pour 2027. Emmanuel Macron lui a téléphoné pour le féliciter, réchauffant leurs relations. « On va devoir se mettre derrière lui », anticipe un hiérarque macroniste, lucide sur la longueur d’avance dont bénéficie Philippe.

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Plus le mot d’ordre de l’unité face aux extrêmes s’impose, plus les regards se tournent vers l’ancien chef de gouvernement. Valérie Pécresse et Jean-François Copé en sont les promoteurs, mais des résistances persistent. « De toute façon, Gabriel Attal ne va rien lâcher et va venir l’emmerder jusqu’au bout », s’agace un prétendant Les Républicains.

Une ligne claire contre les alliances extrêmes

Édouard Philippe a creusé son propre sillon stratégique, tranchant entre vouloir gagner avec le Rassemblement National ou chercher la victoire avec le centre. En tant que chef de parti, il assume des positions fortes, refusant toute alliance avec les extrêmes. Sur le cas niçois, il a dénoncé les « ambiguïtés » de Bruno Retailleau et la « confusion » des Républicains. Sarah Knafo, en l’accusant d’avoir empêché une fusion avec Rachida Dati à Paris, lui a rendu sans le savoir un fier service. À l’heure où l’union des droites ou son pendant « soft » ont le vent en poupe, Philippe prend le contre-pied, empruntant le chemin traditionnel du rassemblement de la droite et du centre.

« Le fait que les deux grandes formations politiques du pays – PS et LR – aient donné le sentiment pendant le scrutin de rouvrir la question de leur ligne et de leur stratégie m’a frappé », réagit Édouard Philippe. Là où Bruno Retailleau pense siphonner une partie des électeurs de Marine Le Pen, Philippe n’y croit pas. « On sait où Édouard Philippe habite : il sera rarement le premier choix d’un électeur RN », conclut Gilles Boyer.

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Les défis à venir et la « force tranquille »

Prochaine étape : donner à voir le caractère « massif » de son programme. Le candidat veut faire la différence sur la solidité de son projet, avec des équipes charpentées planchant sur des sujets comme l’école, la justice, et les finances publiques. « Édouard est parti le premier, il a fait son Chirac. Il a ce côté “force tranquille”, il ralentit, il accélère. Ce qui compte, c’est ce qu’il dira au pays », décrit un compagnon de route.

Pour convaincre, Édouard Philippe, énarque et anti-séducteur, devra éviter ses travers technocratiques. Son dernier livre, Le Prix de nos mensonges, plaide pour un discours de vérité, un positionnement à la Delors ou Rocard. Des soutiens comme Gérald Darmanin ou Élisabeth Borne pourraient le rallier, mais des doutes persistent. « Rien n’est acquis, mais beaucoup aimeraient être à sa place », conclut Gilles Boyer, soulignant que la route vers 2027 reste semée d’embûches.