À Saint-Tropez, les commerçants indépendants subissent la pression du luxe
Saint-Tropez : commerçants indépendants face au luxe

Une vitrine de rêve. De New-York à Dubaï en passant par Paris, ils espèrent tous obtenir un point d'ancrage dans la cité tropézienne. Si les boutiques de luxe ont toujours existé à Saint-Tropez, elles ont proliféré ces deux dernières décennies, devenant aujourd'hui majoritaires dans les principales artères du village. Difficile pour les commerçants locaux de résister face à ces géants.

« Un investisseur a racheté l'espace que je louais pour ma boutique, se désole Martin Brucker, gérant de la marque Saint-Martin-sur-Mer. Aujourd'hui, je ne peux plus continuer mon activité dans la commune alors que c'était mon rêve. Les loyers sont devenus trop chers pour les indépendants. Nous n'avons pas les moyens de résister face à eux… »

« Grands projets dictés par l'argent »

Un cri de détresse lancé par ce chineur professionnel qui a commercialisé pendant deux saisons ses trouvailles vintages et bleus de travail dans la vieille ville, au niveau de la rue de l'Ormeau. Pour cette nouvelle saison, son espace a été rénové et transformé par le nouveau propriétaire en une salle de sport réservée aux clients du Yaca. L'hôtel cinq étoiles appartenant depuis deux ans au richissime investisseur franco-libanais, Rodolphe Saadé. Cette récente acquisition vient renforcer l'omniprésence des grandes fortunes sur le territoire et la crainte des administrés de la collectivité.

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« Au-delà de ma propre histoire, cette fermeture dit quelque chose de plus large. À Saint-Tropez comme ailleurs, les lieux de vie et les commerces indépendants qui donnent l'âme d'un village disparaissent peu à peu, remplacés par de grands projets dictés par l'argent, écrivait Martin sur ses réseaux sociaux pour annoncer la fin de son aventure. Je respecte ces capitaines d'industrie qui font rayonner notre pays mais je reste convaincu qu'un village vit de sa diversité, de ses commerçants passionnés, ceux qui créent une proposition singulière loin des logiques mondialisées et uniformes. »

Deux mondes sur un territoire

Une déclaration relayée et commentée par des dizaines de locaux et habitués de son enseigne, tous peinés par ce changement de destination. « Tu as tout dit ! C'est important qu'il y ait une prise de conscience sur ce sujet. Le village devient silencieusement un mall géant et comment lutter contre les bulldozers ? », appuie sous sa publication, la créatrice de la marque de maillots de bain réversibles Deminue. Remarque similaire chez l'ex-mannequin, Inès de La Fressange : « J'espère que vous retrouverez vite un autre lieu. Saint-Tropez ne peut pas avoir que des marques de luxe ! »

Si cette vague d'amour réchauffe le cœur de Martin à l'aube de l'été, ce brocanteur cavalairois garde espoir pour l'avenir : « J'espère que la cohabitation continuera d'exister entre ces deux mondes. De mon côté, je travaille sur de nouveaux projets. J'espère qu'ils verront bientôt le jour et que je pourrais les partager avec mes fidèles clients ! »

La Ville préoccupée par ces mutations

Une politique singulière pour une situation particulière. « Saint-Tropez accueille chaque année plusieurs millions de visiteurs et subit de ce fait une pression foncière et immobilière parmi les plus intenses de France », alerte Sylvie Siri. Pour la maire de Saint-Tropez, l'exode des commerces indépendants est devenu une problématique à part entière, au même titre que la baisse de la démographie.

« La question qui se pose est comment résister à la pression qui remplace les commerces par des boutiques de luxe ouvertes quelques mois par an et les résidents permanents par des appartements de location saisonnière vides dix mois sur douze ?, encadre-t-elle. C'est dans ce contexte précis que s'inscrit la politique portée par la municipalité. Elle ne se résume pas à un sujet commercial mais constitue un vrai projet de société. »

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Si la Ville ne peut venir à la rescousse de tous les particuliers, elle a choisi d'activer certains outils qu'elle souhaite « désormais systématiser ». Parmi eux, l'achat de parcelles foncières pour permettre la création d'une mixité commerciale et résidentielle à loyers contrôlés comme pour l'opération du Carré de l'école et de la Maison Louis Blanc. « C'est une solution trouvée pour rapatrier des boutiques en voie de disparition car nous n'avons pas les ressources pour préempter tous les locaux mis en vente », décrypte Sylvie Siri.

Comme annoncé lors de sa campagne, la première magistrate compte se battre contre la spéculation immobilière en frappant jusqu'à la porte du gouvernement… « Je suis prête pour cette mission afin de préserver la population locale mais aussi de nombreuses résidences secondaires. Beaucoup sont obligés de partir à cause de l'impôt sur la fortune immobilière ou des droits de succession qui sont beaucoup trop hauts ! »