La défaite de Bayrou à Pau symbolise le déclin de la démocratie chrétienne en France
Défaite de Bayrou : fin d'une époque pour la démocratie chrétienne

La chute de Bayrou à Pau : un symbole du déclin chrétien en politique

Une défaite électorale à Pau pourrait bien marquer la fin d'une époque politique majeure. Battu dans sa ville du Béarn lors des élections municipales, quelques mois seulement après son échec à Matignon, François Bayrou apparaît désormais comme l'un des derniers représentants de la démocratie chrétienne, ce courant politique qui promeut les valeurs de l'Église dans la sphère publique.

Avec ce centriste endurant, que beaucoup croyaient inaltérable, s'efface également une période historique où la foi irriguait pleinement la vie politique française. Une époque que ressuscite avec précision Jérôme Cordelier, rédacteur en chef au Point, dans son ouvrage Les Grandes Fractures qui retrace les tourments des chrétiens français entre la guerre d'Algérie et Mai 68.

Un christianisme en pleine ébullition

Ce ferment spirituel était alors bien vivace, même si la pratique religieuse et la discipline des fidèles commençaient déjà à se relâcher. En s'appuyant sur des témoignages d'acteurs de l'époque et les éclairages d'historiens, l'auteur cartographie avec une grande finesse les nuances d'un christianisme en pleine transformation, stimulé par les bouleversements du temps :

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  • La course à l'arme atomique et les tensions de la guerre froide
  • Les mutations sociales des Trente Glorieuses
  • L'émergence de nouveaux courants de pensée

L'ouvrage met en lumière plusieurs expressions de ce christianisme engagé : un catholicisme de gauche qui s'épanouit dans les colonnes de la revue Esprit, du Monde et dans les publications des Éditions du Seuil pendant la guerre d'Algérie ; un protestantisme pacifiste, anti-impérialiste et ouvert sur les questions de société comme l'avortement et la contraception ; et un gaullisme nourri des méditations de Richelieu et de Pascal, concevant la politique comme une lutte permanente contre la faiblesse humaine selon l'expression d'Arnaud Teyssier.

Les grandes fractures du christianisme français

Cette période d'une quinzaine d'années, qui prolonge l'immédiat après-guerre - auquel l'auteur avait consacré un précédent ouvrage Après la nuit - sera parcourue de profondes déchirures. Toutes les grandes querelles du temps mobilisent alors les consciences chrétiennes.

La guerre d'Algérie (1954-1962) divise particulièrement les croyants. Au nom de l'Évangile, certains comme l'historien André Mandouze s'engagent résolument en faveur de l'indépendance algérienne, tandis que d'autres, tel l'ancien président du Conseil Georges Bidault, prônent avec conviction son maintien dans le giron français.

Le concile Vatican II (1962-1965), censé assurer le renouveau de l'Église face au monde moderne, creuse davantage les fractures entre conservateurs et libéraux. La révolte de mai 68 divise elle aussi profondément le peuple catholique : faut-il rejeter la société de consommation aux côtés des insurgés, ou défendre l'ordre établi face à la menace de subversion ?

Une actualité surprenante des vieilles querelles

Ces querelles semblent-elles appartenir à un autre temps ? Malgré la distance historique, Jérôme Cordelier soutient que ces controverses trouvent encore aujourd'hui un écho significatif : En filigrane se joue l'éternelle lutte entre l'esprit et la matière, qui revient au cœur des préoccupations avec l'avènement de la société de l'intelligence artificielle.

De fait, une question domine désormais le débat, plus pressante encore que toutes celles qui ont agité ces croyants des décennies précédentes : dans le monde des robots et de l'intelligence artificielle, quelle place réserver à la personne humaine et à sa dimension spirituelle ?

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La clairvoyance visionnaire de François Mauriac

De ces années en apparence si lointaines, il reste surtout la clairvoyance remarquable de ceux qui, comme François Mauriac, se sont si peu trompés sur l'essentiel. Le romancier bordelais, auteur du Bloc-notes dans les colonnes de La Table ronde, du Figaro littéraire et de L'Express entre 1952 et 1970, dénonce avec courage le recours à la torture en Algérie, soutient le général de Gaulle dans son effort de redressement national et, écologiste avant la lettre, déplore les effets sur la nature et sur l'humanité d'une industrialisation exterminatrice.

Sa célèbre formule résonne avec une actualité troublante : Il ne sert à rien à l'Homme de gagner la Lune s'il vient à perdre la Terre. Cette vision prémonitoire puise-t-elle sa source dans sa foi chrétienne ? Dès 1929, il écrivait dans son Bonheur du chrétien : L'homme le plus indifférent, dès qu'il vit selon le Christ, ne cesse de penser aux autres, d'être obsédé par les autres.

Un exemple qui gagne à être médité à l'heure où s'estompe progressivement mais sûrement l'empreinte chrétienne sur la société française, comme le symbolise douloureusement la défaite électorale de François Bayrou dans sa ville de Pau.