La trêve entre Édouard Philippe et Gabriel Attal pour la présidentielle de 2027 semble avoir vécu. Un sondage Harris interactive-Toluna pour M6 et RTL publié ce lundi montre le maire du Havre en recul de trois points en un mois, à égalité à 17 % avec Jean-Luc Mélenchon, loin derrière Marine Le Pen (35 %). Ce chiffre a électrisé les deux camps, ravivant les tensions entre les deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron, qui avaient conclu un gentlemen's agreement au printemps dernier pour éviter un doublon dans la course à l'Élysée.
Deux stratégies différentes
Gabriel Attal s'est démené tout l'été, multipliant les passages médias et les déplacements sur le terrain pour tenter de grappiller des points dans les sondages et combler son retard sur le maire du Havre. « Ce n'est pas le genre à ne pas être en action, c'est une stratégie assumée », lance Prisca Thévenot, députée Renaissance des Hauts-de-Seine. « C'était d'ailleurs le seul à faire campagne pendant les vacances, cela dit beaucoup de l'état d'esprit d'autres candidats, qui se pensent peut-être déjà arrivés… », tranche l'ex-porte-parole du gouvernement Attal.
Cette hyperactivité n'est pas passée inaperçue dans le camp du rival, bien plus en retrait pendant les congés estivaux. « C'est à l'image du personnage, qui a une certaine retenue. Édouard Philippe n'est pas dans la surenchère médiatique, et n'a pas besoin de courir après tous les sujets comme un feu follet, car trop de com' tue la com' », réplique Xavier Albertini, député Horizons de la Marne. Le maire du Havre a fait sa rentrée politique le week-end dernier à Mayotte, avec une grosse séquence sur l'immigration.
« Personne n'a plié le match »
Mais en cette fin de mois d'août, la paix des braves semble avoir fait son temps. Le sondage Harris interactive-Toluna a été analysé par l'entourage de Gabriel Attal : « Édouard Philippe est en train de perdre son pari d'être le rempart au premier tour face à Jean-Luc Mélenchon et le rempart au second tour face à Marine Le Pen ». Et qu'importe si, dans cette même enquête, le patron de Renaissance stagne à 15 %. « Il n'y a plus de favori » dans le bloc central, s'est félicité Gabriel Attal sur LCI ce mardi. « Personne n'a plié le match. Si certains se présentaient comme rempart face aux extrêmes, tout ça a volé en éclats », appuie Anne Genetet, ancienne ministre de l'Éducation nationale et soutien du trentenaire.
À une semaine de la rentrée scolaire, les deux candidats ont d'ailleurs présenté leurs mesures sur l'école. Édouard Philippe dans un entretien au Figaro lundi soir, Gabriel Attal dans le Monde le lendemain matin. Deux entretiens sur le même sujet, à quelques heures d'intervalle, il n'est plus question de céder le moindre bout de terrain. « Édouard Philippe est enfin rentré de ses vacances en Italie… », raille-t-on dans l'entourage Attal.
Plus présent médiatiquement ces derniers jours, le patron d'Horizons a tenté de faire redescendre le thermomètre. « J'appelle tout le monde à adopter ce que les gens d'expérience connaissent, le calme des vieilles troupes, c'est toujours très précieux ». « L'enjeu pour Édouard Philippe n'est pas d'observer ce que font les concurrents, qui ont moins d'expérience que lui, mais de tracer sa route. Il est en maîtrise de son tempo », défend Maël de Calan, l'un de ses porte-paroles. Le candidat Horizons a récemment obtenu l'appui du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, et sera à sa rentrée politique, dimanche, à Tourcoing. « La dynamique est de notre côté. Édouard Philippe est le seul à pouvoir rassembler du centre jusqu'à la droite », ajoute Calan, le président du Conseil départemental du Finistère.
« Plus ça va aller et moins ils vont s'entendre »
De manière très officielle, un comité de liaison du bloc central a été mis en place. Qui oserait donc dire que le dialogue a été rompu ? Reste que l'entente cordiale semble bien fragile, avant même que la campagne ne rentre dans le dur. « Attal a plus d'argent, Philippe les meilleures cartes. Les deux sont proches dans les sondages… Vous avez tous les ingrédients d'un duel fratricide. Et l'enjeu derrière, c'est l'Élysée. Attal se dit : ''si je tue Philippe, derrière je peux être président de la République'' », analyse un cadre Les Républicains.
Il est vrai que la droite connaît comme personne les ravages que peuvent produire une campagne interne. Alors que les deux hommes se retrouveront ce jeudi à Roland Garros, pour un premier débat présidentiel organisé par le Medef, l'inquiétude commence à poindre aussi chez certains macronistes. « La primaire est une machine à perdre. Mais sans primaire, il n'y a pas de règle, il y a un côté sauvage. On est dans une course à l'échalote, et personne n'adopte vraiment la posture de rassemblement », soupire Erwan Balanant. Le député MoDem du Finistère ajoute : « Plus ça va aller et moins ils vont s'entendre. On file tout droit vers la catastrophe ».



