Gabriel Attal, ancien Premier ministre et chef de file de la macronie, a lancé une campagne estivale d'une intensité remarquable, multipliant les déplacements sur tout le territoire et les prises de position sur les thématiques de droite. L'objectif est clair : s'imposer comme le principal candidat de la majorité présidentielle et faire de l'ombre à Édouard Philippe, l'autre poids lourd du camp macroniste, dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027.
Un rythme effréné de déplacements
Depuis le début de l'été, Gabriel Attal a enchaîné les déplacements dans les régions, avec pas moins de 25 étapes programmées en août. Il a notamment visité des marchés, des exploitations agricoles, des entreprises et des associations, dans des zones rurales et périurbaines, là où le vote est disputé. Cette stratégie de terrain vise à renforcer sa proximité avec les Français et à contrer l'image de technocrate parisien que certains lui collent.
Selon un conseiller de l'ancien locataire de Matignon, « Gabriel veut montrer qu'il est à l'écoute des réalités locales et qu'il a une vision concrète pour le pays. Il ne laisse aucun terrain à Édouard Philippe. »
Des thématiques clairement à droite
Sur le fond, Gabriel Attal a choisi d'occuper un espace politique marqué à droite. Il a multiplié les déclarations sur la sécurité, l'immigration, l'autorité et le travail, des sujets traditionnellement portés par la droite républicaine. Il a notamment proposé un durcissement des peines pour les mineurs délinquants, une extension des peines planchers, et une politique d'expulsion plus ferme des étrangers en situation irrégulière.
Cette orientation est assumée par l'intéressé. Dans une interview accordée au Figaro début août, il a déclaré : « Je veux parler à tous les Français, mais je crois que les valeurs de travail, de mérite et d'ordre sont des valeurs partagées par une majorité de nos concitoyens. Il ne faut pas avoir peur de les défendre. »
La concurrence avec Édouard Philippe
Cette campagne estivale est aussi une réponse directe à Édouard Philippe, qui mène sa propre tournée des plages et des marchés, avec un agenda tout aussi chargé. L'ancien maire du Havre, qui a lancé son parti Horizons, est donné favori dans les sondages pour représenter la majorité en 2027. Selon un récent sondage Ifop, il recueille 24 % des intentions de vote au premier tour, contre 18 % pour Gabriel Attal.
Les deux hommes entretiennent des relations complexes, mêlant respect mutuel et rivalité assumée. Ils se sont rencontrés en juin pour un déjeuner à Paris, sans parvenir à un accord sur une stratégie commune. Depuis, les passes d'armes se multiplient, notamment sur la réforme des retraites ou la politique énergétique.
Une stratégie à haut risque
Cette stratégie de droitisation n'est pas sans risque. Certains au sein de la majorité s'inquiètent d'une éventuelle perte de l'électorat centriste et de gauche modérée, qui avait porté Emmanuel Macron au pouvoir. « Il ne faut pas oublier que notre socle électoral est aussi composé de gens qui ne veulent pas d'une droite décomplexée », confie un député macroniste, sous couvert d'anonymat.
Pour l'instant, Gabriel Attal semble assumer ce pari. Il compte sur sa jeunesse (il a 37 ans) et sa capacité à incarner un renouveau pour séduire au-delà de son camp. Il a d'ailleurs lancé un mouvement, « Les Engagés », censé rassembler la société civile autour de ses idées.
Les prochaines échéances
La rentrée politique s'annonce décisive. Gabriel Attal doit présenter son projet pour la France lors d'un meeting à Marseille le 15 septembre. Il devrait y dévoiler les grandes lignes de son programme, notamment en matière économique et sociale. De son côté, Édouard Philippe prévoit un déplacement à Lille le même week-end, comme pour marquer la concurrence.
Les deux hommes devraient également participer à l'université de la majorité, qui se tiendra fin septembre à Bordeaux. Un événement qui pourrait être le théâtre de nouvelles passes d'armes, ou peut-être d'une tentative de rapprochement. En attendant, la campagne estivale se poursuit, et chaque prise de parole est scrutée par les observateurs politiques.



