Var : enjeux des sénatoriales et stratégies des grands électeurs
Var : enjeux des sénatoriales et stratégies des grands électeurs

Entre la montée du Rassemblement National et la tentative de sauvetage des Républicains, le choix des grands électeurs varois est crucial en vue des sénatoriales. Ce vendredi 5 juin 2026, les conseils municipaux du Var élisent les grands électeurs dont le vote comptera pour les sénatoriales. Plongée dans les coulisses et les petits arrangements d’un scrutin de l’ombre où chaque voix vaut de l’or.

Un scrutin indirect déterminant

Pour décrocher un siège au Palais du Luxembourg, les candidats varois devront séduire le plus de grands électeurs désignés ce vendredi 5 juin. Le RN confirmera-t-il sa percée ? Les LR sauveront-ils leurs sièges ? À l’approche des sénatoriales, la tension est montée d’un cran dans chaque camp. Particulièrement dans le Sud-Est où l’extrême droite a un gros coup à jouer pour essayer de permettre au parti de Jordan Bardella de constituer un groupe (de minimum dix élus).

Prochaine étape, ce vendredi 5 juin 2026 : l’élection d’une majorité de grands électeurs, qui renouvelleront fin septembre 50 % du trombinoscope du Palais du Luxembourg pour les six prochaines années. Dans le Var, ils seront près de 2 250 à participer à ce scrutin indirect où chaque voix compte pour les quatre futurs sénateurs qui obtiendront le plus de suffrages. D’où l’importance de bien les choisir.

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Qui sont les grands électeurs ?

Cela ne concerne pas les huit députés, les quatre sénateurs, les vingt-sept conseillers régionaux et les quarante-six conseillers départementaux en poste, tous automatiquement inscrits sur les listes électorales. En revanche, la plupart des grands électeurs seront soumis à ce vote préalable. En fonction de leur taille, les communes de moins de 10 000 habitants en choisiront jusqu’à quinze parmi les conseillers municipaux : par exemple, Mazaugues en aura trois et Tourettes cinq. Ce qui représente au total un réservoir non négligeable d’environ un millier de voix, qui pourrait permettre à la gauche de ne pas faire chou blanc.

De nombreuses voix bonus

Pour les villes de 10 000 à 30 000 habitants, comme La Garde ou Roquebrune-sur-Argens, l’ensemble des élus sont déjà qualifiés pour le tour d’après, à l’instar des parlementaires. Même chose pour les plus grandes villes du département. Sauf que celles-ci bénéficient également de délégués supplémentaires pour ne pas être sous-représentées par rapport aux zones rurales, soit un de plus par tranche de 800 habitants. C’est là que se jouent les vraies tractations de couloir pour gratter des voix cruciales. 70 sont en jeu à Fréjus et La Seyne, deux mairies RN. Et pas loin de 180 à Toulon, où la maire Josée Massi, non encartée, ne devrait pas donner de consigne de vote. Autant d’électeurs que les candidats aux sénatoriales ne manqueront pas de se disputer, à commencer par le centriste Jean-Pierre Colin qui rêverait de ravir des voix à Françoise Dumont, seule sénatrice LR varoise à vouloir rempiler.

Stratégies de désignation

Pour désigner cette partie-là des grands électeurs, chacun a sa méthode. Celle qui a succédé à Hubert Falco a demandé à chaque membre de son équipe de lui fournir quelques noms. Choisis principalement dans l’entourage familial, ou dans les personnes qui ont soutenu la majorité en place pendant les municipales. Seul impératif : s’assurer qu’ils soient bien disponibles le 27 septembre, le vote étant obligatoire (ceux qui sécheront le scrutin risquent une amende de 100 euros). « Ça élimine des gens comme Charles Berling qui ne peuvent pas s’engager autant de temps à l’avance », glisse un conseiller municipal.

Du copinage et des fichiers

Avant de soutenir Emmanuel Macron, l’ancien maire de Toulon Hubert Falco donnait comme consigne de faire bloc derrière Les Républicains, notamment pour les sénatoriales. En 2020, le camp Falco avait également placé le maximum de proches. Mais cette année-là, dans un but bien précis : faire élire la tête de liste LR, Michel Bonnus (alors conseiller municipal). Avaient ainsi été sélectionnés Fabien Falco (le fils), Audrey Falco (la fille), Nathalie Peretti (la femme) ou encore trois Chenevard, trois Turbatte ainsi que deux Berard. « On avait besoin de s’assurer que leur vote serait 100 % fiable », lâche un ancien élu toulonnais.

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Du côté de La Seyne, où la liste portée par le député RN Frank Giletti devrait faire le plein de voix, l’entourage du nouveau maire Dorian Munoz dénonce ce type de « copinage qui ne grandit pas la démocratie ». Ici, l’équipe municipale a préféré opter pour « des gens de chez nous » piochés dans « les fichiers d’adhérents RN comme UDR ou de sympathisants ». Autant de stratégies qui permettront une estimation de la répartition des voix plus affinée. Reste un aléa : dans l’isoloir d’un scrutin indirect, les promesses de parrainage n’engagent souvent que ceux qui les reçoivent.