António José Seguro élu président du Portugal avec un score historique
Seguro élu président du Portugal avec un score historique

Une victoire historique pour le centre-gauche portugais

António José Seguro, figure socialiste ancrée au centre, a été élu dimanche 8 février sixième président de la République portugaise depuis la fin du salazarisme en 1974. Selon les résultats officiels définitifs, il remporte une victoire magistrale avec 66,82% des suffrages exprimés, face à André Ventura, leader du parti d'extrême droite Chega, qui recueille 33,18%.

Un record absolu en nombre de voix

La presse portugaise et les observateurs politiques qualifient ce succès d'historique. Avec près de 3,5 millions de bulletins à son nom, Seguro devient le président élu ayant obtenu le plus grand nombre de voix dans l'histoire démocratique du Portugal. Il dépasse ainsi le record établi par Mário Soares lors de sa réélection en 1991, même si ce dernier avait réalisé un meilleur score en pourcentage (70,35%) et avait été élu dès le premier tour dans un pays comptant moins d'électeurs.

Déjà favori au premier tour avec près d'un tiers des suffrages dans une compétition record de onze candidats, le modéré Seguro a bénéficié de reports de voix massifs pour le second tour. Les électeurs du centre-droit ont largement rejeté la figure d'André Ventura et son programme antisystème, anti-élite, anticorruption et anti-immigration.

Les défis immédiats du nouveau président

Réparer les dégâts des tempêtes successives

Élu et bien élu, le successeur de Marcelo Rebelo de Sousa – qui prendra ses fonctions le 9 mars au Palácio de Belém – hérite d'un pays marqué par une série de catastrophes climatiques. Son premier défi sera d'accélérer le retour à la normale après les cinq dépressions et tempêtes qui ont balayé le Portugal depuis janvier : Ingrid, Joseph, Kristin, Leonardo et récemment Marta.

Ces événements météorologiques extrêmes ont coûté la vie à au moins quinze personnes, détruit des centaines d'habitations, provoqué des inondations majeures, occasionné d'interminables coupures de courant et fait émerger un sentiment de précarité dans la population. À Alcácer do Sal, commune située à une heure de route de Lisbonne, des habitants ont dû évacuer des sinistrés et leurs animaux pris au piège par la montée des eaux début février.

Les premiers mots du président élu, dimanche soir dans son bastion électoral de Caldas da Rainha, ont d'ailleurs été adressés aux victimes. « Je serai vigilant, je poserai les questions difficiles et j'exigerai les réponses dont le pays a besoin », a-t-il promis, mettant en évidence des lacunes dans la préparation du Portugal face à ces catastrophes et dans les mesures prises par le gouvernement de Luís Montenegro.

Sauver le système de santé public

António José Seguro a promis de faire de la santé « la priorité des priorités » de son mandat quinquennal. Le Serviço Nacional de Saúde (SNS), système de santé portugais entièrement public, traverse une crise structurelle qui exaspère la population : établissements vieillissants, personnels débordés, postes de soignants vacants, délais d'attente interminables pour consulter un médecin ou être pris en charge aux urgences.

Le nouveau président a promis un pacte multipartite pour sortir le SNS de l'ornière, ce qui suppose de trouver une position commune entre les différentes forces politiques. Un défi de taille, alors que le PS défend un système 100% public tandis que le Partido Social Democrata, majoritaire au Parlement, souhaite multiplier les partenariats public-privé. Seguro aura ainsi la lourde tâche de faire émerger « des consensus impossibles », selon l'hebdomadaire Expresso, autour de ce sujet particulièrement sensible.

Stabiliser la vie politique portugaise

Garantir la stabilité institutionnelle

Bien que cela puisse sembler secondaire, le nouveau président exercera toute son influence pour garantir que les députés puissent accomplir l'intégralité de leur mandat, qui doit se terminer dans trois ans. Au cours du dernier quinquennat, le président sortant Marcelo Rebelo de Sousa a été contraint de dissoudre le Parlement à trois reprises : après le rejet du budget 2022, un scandale impliquant le Premier ministre António Costa en 2023, et une motion de confiance perdue par Luís Montenegro en 2025.

António José Seguro a déclaré espérer ne jamais avoir à utiliser cette prérogative constitutionnelle, laissant entendre qu'en cas de rejet du budget, il n'utilisera pas forcément ce qu'on appelle au Portugal la « bomba atómica ». Pendant sa campagne, il a placé la stabilité institutionnelle et politique au cœur de son programme, s'engageant à adopter une approche moins interventionniste que son prédécesseur.

Imprimer son propre style présidentiel

Le placide Seguro devra également relever le défi d'imprimer son propre style, lui qui succède au solaire et populaire « Marcelo », président des bisous et des selfies. Cette transition stylistique représente un enjeu important pour l'image de la présidence et sa relation avec les citoyens portugais.

Normaliser les relations avec l'opposition

Un dialogue nécessaire avec Chega

Seguro, en tant que président de la République au-dessus des partis, devra normaliser ses relations avec André Ventura, leader de la deuxième force politique du pays. Durant la campagne, les deux rivaux s'étaient échangé des critiques acerbes : le socialiste avait accusé le populiste de « stigmatiser les minorités » et de représenter « un danger pour la démocratie » ; André Ventura avait qualifié son adversaire d'« otage du système d'intérêts », d'« inutile », de « vide » et de « manquer d'empathie ».

Lors de son discours de victoire, António José Seguro a envoyé dimanche soir des signes d'apaisement, prouvant qu'il souhaitait être le président de « tous, tous, tous ». Les deux hommes pourraient effectivement être amenés à collaborer dans les années futures. André Ventura multiplie depuis 2019 les records au Parlement, son parti passant de 1 sur 230 députés cette année-là à 60 actuellement. Si le leader de Chega obtenait une majorité – même très relative – aux prochaines législatives, Seguro pourrait avoir à le nommer Premier ministre, scénario qui rend indispensable l'établissement d'un dialogue constructif entre les deux hommes.