Poitiers, une ville aux chapelles politiques multiples avant les municipales
Poitiers : un paysage politique éclaté avant les municipales

Poitiers, une mosaïque politique avant le scrutin municipal

Le chef-lieu du Poitou-Charentes présente un éparpillement inédit de toutes les familles politiques, offrant un spectacle rare en France. Presque tous les bords comptent leurs dissidents, faisant de Poitiers une ville aux innombrables chapelles politiques. L'écologiste Léonore Moncond'huy espère être reconduite pour un second mandat, après avoir mis fin en 2020 à un long règne socialiste en battant le sortant Alain Cléys, lui-même successeur de Jacques Santrot, maire depuis 1977.

Une incertitude palpable dans l'air

Lors du dernier conseil municipal de la mandature, Léonore Moncond'huy a laissé transparaître l'incertitude du scrutin du 15 mars prochain : « Quel que soit l'avenir politique, je souhaite que Poitiers reste une ville de résistance humaniste. » Son opposant, l'ancien maire PS Alain Cléys, qui a décidé de raccrocher les gants, a formulé ce vœu : « Que Poitiers reste une ville d'accueil. »

Une terre de mission pour la droite et l'extrême-droite

Poitiers, ancienne capitale du duché d'Aquitaine du Xe au XIIIe siècle et ville d'Aliénor d'Aquitaine, reste une terre de mission pour la droite. Elle n'a pas dépassé le seuil du premier tour des municipales en 2020 avec seulement 10% des exprimés. Lors du premier tour de la présidentielle de 2022, Valérie Pécresse (LR) a recueilli 4% des suffrages. À l'extrême-droite, Éric Zemmour (Reconquête) a signé un modeste 5,54% tandis que Marine Le Pen réunissait 11,56% des votes.

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Alliances complexes et divisions persistantes

Léonore Moncond'huy devra faire sans les communistes au premier tour, ces derniers se ralliant à Bernard Geay de La France insoumise. Une alliance serait envisagée au second tour, mais LFI est devenu un épouvantail pour les socialistes, animés par une rancune tenace après l'affront de 2020.

Après un feuilleton à suspense sur la possibilité pour l'ancien maire de se représenter, la tête de liste socialiste a été confiée à Françoise Blanchard, mandatée pour récupérer la mairie. La tâche s'annonce ardue, d'autant qu'Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine, a plongé ses camarades pictaviens dans la stupeur en déclarant : « Léonore fait du bon travail. Il faut que ça continue. Il faut de la continuité dans les projets locaux. »

Macronistes repentis et extrême-droite dispersée

Poitiers compte également des macronistes repentis ou déçus. Le député de la Vienne Sacha Houlié, après avoir créé l'association Poitiers en Grand, a finalement jeté l'éponge et annoncé qu'il ne figurerait sur aucune liste. Aujourd'hui encarté Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann, il a pris ses distances avec le président de la République.

Anthony Brottier, autre macroniste déçu, s'aligne sans étiquette après avoir porté les couleurs de La République en marche en 2020. Même l'extrême-droite partira en ordre dispersé avec Charles Rangheard pour le Rassemblement national, allié à l'Union des droites pour la République, face à une dissidente du parti d'Éric Ciotti, Marie-Dolorès Prost.

Neuf listes sur la ligne de départ

Neuf listes ont pris place sur la ligne de départ pour le premier tour, illustrant la fragmentation du paysage politique pictavien. Comme au paradis, beaucoup d'appelés mais peu d'élus.

Le bilan de la maire sortante

Léonore Moncond'huy met en avant un bilan puisé dans le kit des villes écologistes :

  • Végétalisation des écoles et espaces publics
  • Gouvernance plus proche des habitants
  • Réhabilitation et construction (centre socioculturel, pôle d'animation, caserne de pompiers transformée en tiers-lieu)
  • Volet social et éducatif avec le lancement du dispositif Vacances pour tous

Défis économiques et sécuritaires

L'un des sujets urticants concerne la stratégie d'attractivité économique. La ville dispose d'atouts incontestables comme le parc du Futuroscope (deux millions de visiteurs annuels) et sa Technopole, mais les deux pôles se tournent le dos. Les responsables du parc ont rencontré les candidats pour défendre une vraie stratégie de mobilité et de desserte en transports en commun.

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Toutes les listes parlent d'étendre la gratuité des transports. La question de la sécurité s'est aussi invitée dans les échanges, dans une ville marquée par une fusillade fin 2024 sur fond de narcotrafic qui a fait un mort et quatre blessés. Alors que la police municipale s'était mise en grève pour réclamer l'armement, la maire s'y refuse toujours, créant une ligne de fracture supplémentaire dans un paysage déjà divisé.