Les annonces du Premier ministre Sébastien Lecornu sur la LGV ne font pas changer d'avis Jean-Jacques Lasserre. À l'Agglo de Pau, Jérôme Marbot s'en tient à ce que la majorité Bayrou avait voté en 2021 : participer, d'accord, mais à condition d'améliorer la desserte de Pau.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a déclaré, jeudi 7 mai à Toulouse, que le projet de LGV (ligne à grande vitesse) au sud de Bordeaux était « irréversible », et signé un protocole d'intention de son prolongement vers Toulouse et Dax. De quoi relancer le débat sur le sujet, du sud Gironde au Pays basque, en passant par les Landes, et la question de la participation des collectivités locales à son financement. Dans les Pyrénées-Atlantiques, le Conseil départemental conditionnait son engagement à la participation de l'ensemble des autres collectivités concernées, et au déblocage d'une enveloppe significative pour rénover la liaison entre Dax et Pau. Sollicité par « Sud Ouest », le président Jean-Jacques Lasserre campe sur ses positions.
« J'ai trouvé les annonces du Premier ministre intéressantes, même si on sentait surtout qu'il s'agissait d'un coup de communication, déclare-t-il. Mais sur la maquette financière du projet, je reste sur ma faim. Pour moi, sur les conditions de financement, rien n'a avancé. De ce que j'ai entendu, on est loin d'une épure aboutie. » L'élu centriste reste prudent : « Je garde un mauvais souvenir de ce que l'on avait dû verser pour la liaison Tours-Bordeaux (60 millions d'euros) et je reste échaudé. Depuis, le Département n'a plus versé un centime pour la LGV ».
Le Pays basque fait barrage
Fin connaisseur de ce projet, Jean-Jacques Lasserre sait que pour que l'Europe débloque des financements, la LGV doit arriver à Hendaye et rejoindre l'Espagne via Irún, et donc le Pays basque. Or, la Communauté d'agglomération Pays basque (CAPB) s'est clairement prononcée contre un passage de la LGV sur son territoire.
« Alain Rousset a dit que ce n'était pas un problème, je suis étonné par son discours parce qu'il est clair que l'Europe ne s'engagera que si le projet présente une pérennité ibérique », ajoute-t-il. Et il y a peu de chance que le nouveau président de la CAPB, Alain Iriart, membre du parti abertzale (gauche nationaliste) EH Bai, change d'avis. Il a toujours été opposé à la LGV au Pays basque, y compris quand il était conseiller départemental.
Marbot attend des efforts sur les lignes du quotidien
Quant à l'Agglomération de Pau Béarn Pyrénées, l'ancien président François Bayrou avait gelé sa participation en attendant d'avoir des engagements plus précis sur le projet. Son successeur à l'Agglo, le nouveau maire palois Jérôme Marbot, avait lui aussi voté, à l'époque (en 2021), en faveur de conditions préalables à un soutien financier, estimé à 53 millions d'euros. « Nous souhaitions que les lignes Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax se fassent simultanément. Je crois comprendre que ce scénario va être compliqué, même si l'État nous dit qu'il n'envisage pas l'une sans l'autre », indique Jérôme Marbot. Ce dernier sait bien que la LGV « n'ira pas au sud de Dax vers Pau, si toutefois elle arrive. On a quand même besoin de continuer à gagner du temps sur les trajets Pau-Bordeaux et Pau-Paris. Et l'on ne peut plus se satisfaire de la ligne entre Pau et Dax, sujette à de nombreux retards. C'est, en ce sens, l'une des pires lignes de France avec la Pau-Bayonne. Voilà donc l'exigence de l'Agglo de Pau : on veut bien contribuer à la LGV, à la condition qu'on améliore la desserte sur les tracés du quotidien ».



