Depuis sa réélection à la mairie du Havre le 22 mars, Édouard Philippe a rencontré de nombreux élus LR, dont Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Jean-François Copé et la députée Michèle Tabarot. Mais Bruno Retailleau, le patron des Républicains, ne figure pas parmi eux. « Bruno Retailleau n'a pas demandé à voir Édouard », tente de justifier un proche de Philippe. L'inverse semble également vrai.
Pourtant, les deux hommes s'apprécient et échangent depuis longtemps. Il y a quelques mois, une rumeur de « ticket » pour la présidentielle circulait. Cette idée de binôme, qualifiée de « fantasme » par l'entourage de Retailleau, semble aujourd'hui caduque. En campagne, les candidats ne retiennent plus leurs coups.
Les premières piques de Retailleau
Bruno Retailleau a ouvert les hostilités dans Le Figaro : « Un candidat macroniste ne pourra pas être élu président de la République. » Une attaque directe contre Édouard Philippe, ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron. Un mois plus tard, il renchérissait dans nos colonnes : « Les électeurs demanderont des comptes aux artisans du en même temps. Après dix ans, une page doit être tournée. »
Édouard Philippe a noté ce changement de ton. « Il nous envoie des piques car il veut exister, assure un cadre d'Horizons. On ne lui en veut pas. » Vraiment ? Le 10 mai, lors de la réunion des élus Horizons à Reims, Philippe a lui-même distribué quelques coups de griffe.
L'épisode niçois, source de tensions
Dans un discours d'une heure, Philippe n'a cité Retailleau qu'une fois, mais les allusions étaient nombreuses. Sur le narcotrafic : « J'ai proposé le 8 décembre 2025 d'instaurer un état d'urgence. Certains ont, depuis, repris l'idée. Il ne faut pas être obnubilé par les droits d'auteur. » Puis il s'est approprié la paternité de la « dénonciation de l'accord franco-algérien » reprise par Retailleau. Dans la salle, certains ont souri quand Philippe a déclaré qu'il ne fallait « jamais être candidat à la légère » ou fustigé ceux « qui disent qu'ils sont la vraie droite. »
« C'est la campagne et le jeu politique », relativise le porte-parole d'Horizons, Arnaud Péricard. Mais les crispations sont réelles. Lors des municipales à Nice, Retailleau a refusé de choisir entre Christian Estrosi (Horizons) et Éric Ciotti (UDR). « Nous avons tenu nos engagements, mais il est arrivé que d'autres soient moins clairs. Ils ont eu tort. Nous n'avons pas eu l'union honteuse », a scandé Philippe à Reims.
Un fil à ne pas couper
« Philippe a une forme de dandysme, de détachement, de froideur, charge un proche de Retailleau. On n'a pas d'autre choix que d'insister sur nos différences. C'est un fil qu'on doit tendre, sans jamais le couper. » L'équipe LR veut éviter de franchir la ligne rouge, pour ne pas compromettre un futur rapprochement, tout en marquant sa différence. Selon son entourage, Retailleau « est prêt à prendre tous les risques » pour trouver sa place entre le RN et le bloc central.
« Attention à ne pas aller trop loin, alerte un député macroniste. Un scénario où Retailleau et Philippe s'affrontent au premier tour de la présidentielle est dangereux et mènerait à un second tour Bardella versus Mélenchon. »
Philippe en tête dans les sondages
Dans les sondages, Édouard Philippe creuse l'écart. Selon le dernier baromètre Ifop pour Paris Match, il est la troisième personnalité politique préférée des Français (49 % de popularité), tandis que Bruno Retailleau est 24e (36 %). Mais le chef LR se donne du temps, jusqu'à l'automne, pour déjouer les pronostics. Le camp Philippe pense que Retailleau jettera alors l'éponge. D'ici là, le numéro 2 des Républicains, François-Xavier Bellamy, a conseillé à Retailleau de débattre avec Philippe. « Mais comment faire sans trop lui taper dessus ? » s'inquiète un cadre LR. À trop tirer sur le fil, il risque de se rompre.



