Nîmes, ville convoitée : la bataille municipale fait trembler la Maison Carrée
Nîmes : la bataille municipale fait trembler la Maison Carrée

Nîmes, ville convoitée : la bataille municipale fait trembler la Maison Carrée

La Maison Carrée, sublime temple romain du Ier siècle qui trône au cœur de Nîmes, pourrait voir ses fondations ébranlées par la campagne municipale à venir. La fin du règne de Jean-Paul Fournier, maire depuis vingt-cinq ans de cette préfecture du Gard, unique ville de cette taille administrée par Les Républicains, déchaîne les appétits politiques, particulièrement ceux des extrêmes.

Une cible de choix pour le Rassemblement national

Le Rassemblement national ferait volontiers de Nîmes une prise de guerre symbolique. Après avoir réalisé le grand chelem aux dernières législatives dans le Gard avec six députés sur six, le parti a dépêché son ancien maire de Beaucaire, Julien Sanchez, député européen et numéro trois du mouvement, pour mener cette bataille. La ville, au-delà de son magnifique centre historique, est marquée par de profondes difficultés sociales.

Selon les données de l'Insee, seulement 47 % des Nîmois paient l'impôt sur le revenu tandis que 30 % vivent au-dessus du seuil de pauvreté. Le narcotrafic gangrène plusieurs quartiers, provoquant régulièrement des fusillades, Nîmes se trouvant sur « l'autoroute de la drogue » entre l'Espagne et Marseille. Des ghettos urbains se sont installés, alimentant les tensions.

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Franck Proust, président de Nîmes Métropole, nuance cependant cette analyse : « L'immigration n'est pas le problème : certains individus sont Français comme vous et moi, mais ils ne se sont pas aussi bien intégrés que leurs parents et grands-parents, ils sont pris par une sorte de schizophrénie identitaire. Nos difficultés viennent surtout de la multiplication des familles monoparentales et de l'absence des pères. »

Le maire des ronds-points contre les extrêmes

Franck Proust, candidat de la droite et du centre soutenu par LR, l'UDI et Horizons, refuse que la campagne se joue sur « des thèmes régaliens ». « Ce n'est pas le maire qui régule l'immigration ou lutte contre le narcotrafic, lance-t-il. Par contre, il peut améliorer la tranquillité des habitants, et c'est ce que nous voulons faire en créant un office dédié, en augmentant le nombre de caméras et en travaillant étroitement avec le préfet. »

Cet élu de 62 ans, ancien député européen et premier adjoint de Jean-Paul Fournier de 2007 à 2019, veut imprimer sa marque tout en assumant cet héritage qu'il considère comme « un atout, pas un handicap ». « Ce qui compte, c'est la qualité de l'expérience et du réseau. On ne peut pas être maire d'une ville de cette taille et président d'une métropole de cette importance si on ne bénéficie pas de réseaux à Paris, à Strasbourg et à Bruxelles pour aller chercher des fonds. »

Un terrain miné pour la droite

Celui qui a refusé la main tendue par le RN et son allié Éric Ciotti pour une alliance de premier tour regarde en face la menace électorale. « Le RN sera haut, on le sait, sans doute au-dessus de 20 % des voix, considère Franck Proust. Mais il ne peut pas remporter Nîmes… Par contre, il peut nous faire perdre. La ville basculerait alors dans l'autre extrême, par l'alliance PCF-LFI. En votant RN, on donne une voix aux communistes. »

L'analyse n'est pas dénuée de fondement : aux deux dernières élections présidentielles, c'est Jean-Luc Mélenchon qui est arrivé en tête à Nîmes avec 24 % des voix en 2017 et 28 % en 2022. La ville a d'ailleurs été administrée par le communiste Alain Clary entre 1995 et 2001, entre les règnes de Jean Bousquet et de Jean-Paul Fournier.

Vincent Bouget, de vieille famille nîmoise, a repris le flambeau en constituant une liste de rassemblement à gauche sans LFI au premier tour. « Je ne laisserai pas l'extrême droite s'emparer de la ville, déclare le candidat. Il y a manifestement un risque, sinon Julien Sanchez ne serait pas venu. Et certains électeurs de Jean-Paul Fournier ont déjà voté pour l'extrême droite dans les scrutins nationaux… »

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Division à droite et stratégies divergentes

Julien Plantier, jeune conseiller départemental et ancien premier adjoint de Jean-Paul Fournier, a quant à lui monté une liste « sans étiquette » avec Valérie Rouverand de Renaissance. Les « bannis » du système Fournier comptent bien peser dans le débat. « Pour moi, le risque premier n'est pas le RN, même si l'on voit bien qu'il y a une volonté et un danger. Si menace il y a, c'est le retour du communisme, avec une gauche unie qui fait les yeux doux à LFI. »

Cette division à droite, ajoutée à la présence déterminée du Rassemblement national et à la résurgence d'une gauche potentiellement unie, fait de Nîmes un terrain électoral particulièrement miné. La ville de 150 000 habitants (260 000 pour l'agglomération) s'apprête à vivre une campagne municipale dont les enjeux dépassent largement ses frontières, symbolisant les fractures et recompositions politiques qui traversent la France entière.