Le premier tour des élections municipales de 2026 a livré son verdict, avec des gagnants et des perdants qui redessinent le paysage politique français. Pour décrypter ces résultats, nous avons interrogé Benjamin Morel, politologue et maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas.
L'abstention, grande vainqueure
Le principal vainqueur de ce scrutin est l'abstention, atteignant près de 45 %. Un chiffre inquiétant pour des élections locales qui devraient mobiliser. Cette abstention massive traduit une nationalisation des enjeux, selon Benjamin Morel : « On a de hauts scores pour le RN et LFI, qui ont une stratégie nationale. De nombreux médias nationaux n'ont pas joué le jeu de ces municipales, focalisés sur l'Iran. Beaucoup de Français n'ont pas trouvé d'enjeu à cette élection, alors qu'elle en a beaucoup localement. »
Le RN en progression, mais sous pression
Le Rassemblement national est l'un des gagnants du premier tour. Il augmente dans de nombreuses villes, mobilise son électorat et place ses candidats en position favorable. Cependant, le politologue nuance : « S'ils ne gagnent pas Marseille ou Toulon, on aura l'impression d'un échec symbolique, comme aux régionales. S'ils prennent la deuxième ville de France, ce sera un séisme. »
LFI, le grand vainqueur
Le grand vainqueur est La France Insoumise. « Ce n'est pas un parti très ancré localement, mais la stratégie de radicalisation de Jean-Luc Mélenchon a fonctionné », analyse Benjamin Morel. Les Insoumis se retrouvent en position de faiseurs de roi pour le second tour.
Les perdants : écologistes et socialistes
Les écologistes sont les grands perdants de la soirée, tout comme les socialistes, même s'ils peuvent encore conserver Paris. Mais ils sont confrontés à un dilemme terrible : faire alliance avec LFI et risquer de perdre des voix centristes, ou refuser et risquer de donner la ville à la droite ou à l'extrême droite. « Dans les deux cas, ce sera un stigmate », prévient le politologue.
Le dilemme des socialistes
Deux scénarios s'offrent aux socialistes : dire non à LFI, comme leur direction nationale, et perdre la gauche, permettant aux Insoumis de capitaliser pour 2027 ; ou dire oui localement, ce qui clivera et affaiblira le PS. « D'une certaine façon, les Mélenchonistes ne peuvent pas perdre », résume Benjamin Morel.
Rapprochement droite-extrême droite ?
Un autre sujet brûlant est la possible coalition entre la droite et le RN dans certaines villes où la droite ne peut gagner qu'avec le retrait ou le soutien du RN. Ce serait « un petit mélodrame », selon le politologue.
Le bloc macroniste en retrait
Le bloc macroniste, déjà handicapé par un faible ancrage local, a choisi de faire profil bas. « Quand vous partez de rien et que vous arrivez à rien, vous n'êtes ni affaibli ni renforcé... Mais une force politique ne survit que si elle s'ancre. Le macronisme n'a jamais eu de stratégie d'ancrage, mais de débauchage. S'il ne s'ancre pas, il peut disparaître », analyse Benjamin Morel.
Leçons pour la présidentielle de 2027
Malgré une forte abstention, LFI et le RN parviennent à mobiliser leur électorat, même dans une élection locale. « Ce sont des forces avec lesquelles il va falloir compter. C'est de bon augure pour une candidature Mélenchon en 2027 », conclut le politologue.
Impact sur les sénatoriales
Avec le RN qui vient de gagner un groupe au Sénat et LFI qui pourrait obtenir des sénateurs, les digues sautent. Ces élections municipales marquent un tournant dans l'implantation locale des partis, avec des conséquences durables.



