À Brignoles, un jardin-forêt démontre les vertus de la permaculture
Sur son terrain de 2 500 mètres carrés à Brignoles, Philippe Foi a radicalement transformé l'héritage agricole familial. Alors que son père pratiquait une agriculture conventionnelle avec motoculteur et produits chimiques, Philippe a choisi une voie différente : la permaculture. Depuis huit ans, cet autodidacte expérimente et perfectionne ce qu'il appelle une « anarchie réfléchie », créant un écosystème productif inspiré des forêts naturelles.
De l'héritage conventionnel à la révélation permacole
« Mon père cultivait en conventionnel, c'est-à-dire motoculteur, engrais, produits chimiques et tout », raconte Philippe Foi. Lorsqu'il hérite du terrain de son grand-père, il commence à s'interroger sur d'autres méthodes. C'est en tombant sur une revue traitant de permaculture qu'il découvre une philosophie qui résonne immédiatement avec ses aspirations : « reproduire ce qui se passe dans une forêt ».
Mais avec une nuance importante : « Comme dans une forêt mais en plus rapide quand même. On ne peut pas attendre 50 ans pour avoir des légumes ». Il se lance alors dans un apprentissage intensif : vidéos, rencontres avec d'autres maraîchers, expérimentations sur son terrain. « Ça me semblait incroyable ! », se souvient-il avec enthousiasme.
Les sept strates du jardin-forêt : une organisation verticale ingénieuse
Le jardin-forêt de Philippe Foi fonctionne selon un principe d'organisation en sept strates végétales, comme l'explique Séverine Cachod, membre de l'association Les Résilients et spécialiste en agroécologie :
- La canopée avec ses grands arbres
- La strate arborée basse (arbres fruitiers de cinq à six mètres)
- La strate arbustive (buissons fruitiers d'environ deux mètres)
- La strate herbacée (artichauts par exemple)
- La strate des couvre-sols (fraises, romarin)
- La rhizosphère (légumes-racines et tubercules)
- La strate verticale (plantes grimpantes)
« L'idée est de concentrer différentes variétés pour occuper toutes les strates à la verticale », précise Séverine Cachod. Cette organisation crée des synergies remarquables, comme avec la vigne mariée qui s'appuie sur les arbres pour grandir, bénéficiant de leur humidité et de leur ombre tout en attirant des insectes protecteurs.
Un réseau souterrain de communication et d'échange
L'essentiel de la magie opère sous terre, où se développe un système mycorhizien complexe. « Ce sont de petits champignons microscopiques qui vont faire circuler des informations, de l'eau et des nutriments entre différentes espèces », détaille Séverine Cachod. Ce réseau forme « un corridor » interconnecté qui renforce la résilience de l'ensemble du système.
Philippe Foi complète : « L'arbre va aller chercher l'eau et les nutriments en profondeur », créant ainsi une redistribution bénéfique pour toutes les plantes. Ce système souterrain robuste et efficient explique en partie la productivité surprenante de ce jardin : « Je sais qu'à terme je ramasserai une tonne de fruits », affirme Philippe en contemplant son domaine.
Les Résilients : essaimer les pratiques agroécologiques
L'association Les Résilients, créée en 2022, joue un rôle crucial dans la diffusion de ces pratiques. « On veut faire rayonner les gens qui font des choses », explique Séverine Cachod. L'association forme et accompagne les agriculteurs dans leur transition vers l'agroécologie, organisant des rencontres avec des experts sur des sujets peu conventionnels dans le monde agricole.
« On sait que c'est 100 % positif en termes d'externalité », souligne la spécialiste, insistant sur le caractère « sans regrets » de ces démarches. Les Résilients organisent également des plantations d'arbres chez les agriculteurs, adoptant « une approche collective pour que les agriculteurs ne se sentent pas seuls ».
Dans son jardin-forêt, Philippe Foi prépare activement des plants qui rejoindront la pépinière participative de l'association au Luc, contribuant ainsi à essaimer ces pratiques vertueuses. Son terrain, autrefois cultivé de manière conventionnelle, est devenu un laboratoire vivant démontrant qu'une autre agriculture est possible, productive et respectueuse des écosystèmes.



