Marseille : la bataille électorale à trois entre Payan, Allisio et Vassal s'intensifie
Marseille : la bataille électorale à trois s'intensifie

Marseille au cœur d'une bataille électorale à trois voix

Dans les sondages pour les élections municipales à Marseille, Benoît Payan, le maire sortant divers gauche, et Franck Allisio, candidat du Rassemblement national, dominent largement les intentions de vote. Ils devancent de manière significative Martine Vassal, la candidate de la droite et du bloc central, qui peine à décoller dans les estimations. Cette configuration à trois voix place la cité phocéenne sous les projecteurs nationaux, avec des enjeux qui dépassent largement le cadre local.

Un face-à-face chaleureux et ombrageux à La Marseillaise

Ce mardi 3 mars, dans les locaux du journal La Marseillaise, proche du Parti communiste et du mouvement social, une Une vieille de cinquante-deux ans rendant hommage à Marcel Pagnol trône en grand format. C'est dans ce cadre chargé d'histoire que Benoît Payan, 48 ans, ancien socialiste devenu divers gauche, participe à un échange avec une dizaine de lecteurs. L'élu se montre tour à tour chaleureux, ombrageux, volcanique et onctueux, déployant une faconde qui rappelle les manières méridionales de Jean-Claude Gaudin.

Interrogé sur cette comparaison, il feint la surprise avant de concéder une certaine accessibilité. Sur le fond, il assène un réquisitoire sévère contre le bilan de son prédécesseur : « Quand tu entres dans une ruine, tu n'en sors pas avec Versailles six ans après. Nous avons construit 27 écoles en trois ans, alors que la droite en avait réalisé 25 en vingt-cinq ans ! » Parmi ses projets phares, il cite le doublement des effectifs de la police municipale et l'ouverture au public de la « digue du large », ce rempart de pierres roses long de sept kilomètres visible en pleine mer.

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Des relations glaciales entre la mairie et la métropole

Benoît Payan dénonce une ville « laissée-pour-compte » par la métropole Aix-Marseille-Provence, une entité puissante regroupant 92 communes et deux millions d'habitants, présidée par son adversaire Martine Vassal. Les relations entre la mairie et la métropole sont décrites comme glaciales, chaque camp accusant l'autre de sectarisme. Si la mairie concentre les regards, c'est bien la métropole qui détient les leviers financiers, avec un budget de cinq milliards d'euros contre moins de deux pour la Ville, ainsi que des compétences clés comme les transports et l'urbanisme.

En cas de réélection, Benoît Payan n'envisage pas de briguer la présidence de la métropole mais réfléchit à des accords de gouvernance élargis au-delà de la gauche. De son côté, Martine Vassal espère, même en cas d'échec à la mairie, conserver sa majorité et sauver sa présidence métropolitaine. Son entourage confie : « Nous avons deux objectifs : conserver la métropole et conduire une campagne digne, la tête haute », alors que les perspectives de victoire à l'Hôtel de ville s'amenuisent.

La campagne chahutée de Martine Vassal

Martine Vassal, 63 ans, présidente de la Métropole et du Département des Bouches-du-Rhône, déplore une « campagne de caniveau ». Combative et affichant une bonne humeur à toute épreuve, elle mise sur le concret lors d'une rencontre avec un auditoire 100% féminin du côté des anciens docks, devenus l'épicentre du nouveau Marseille. Sa campagne a cependant connu un dérapage lors d'un débat sur BFMTV mi-février, lorsqu'elle a cité « le travail, la famille, la patrie », une trilogie aux connotations historiques malheureuses.

Elle a depuis plaidé la maladresse, et ses proches s'indignent qu'on puisse assimiler cette libérale à une posture pétainiste. Mais la formule a été largement reprise, alimentant les critiques. Franck Allisio, tête de liste du Rassemblement national, en rit encore : « La pauvre, ça la poursuit », commente-t-il narquois.

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Le Rassemblement national en terrain conquis

Franck Allisio, 45 ans, député et candidat RN, arpente avec son équipe un marché du sud de Marseille, près du stade Vélodrome, un ancien bastion du « gaudinisme ». Après s'être implanté dans les quartiers nord, le RN vise désormais les fiefs plus bourgeois du sud. L'accueil est cordial, sans hostilité ni grande effusion. Une électrice de 78 ans, Hélène, déclare voter pour lui mais le trouve « un peu timide » comparé à l'ancienne figure locale du RN, Stéphane Ravier.

Franck Allisio cherche à « rassurer », mais l'une de ses propositions suscite un tollé unanime : la création d'un « pass famille-minots-seniors » pour réserver l'accès à certaines plages à des horaires définis. Ses adversaires y voient une mesure discriminatoire, qualifiée d'« apartheid » par l'ex-sénatrice socialiste Samia Ghali et rebaptisée « pass anti-racailles ». Le candidat RN assume : « Le vrai scandale pour beaucoup de gens, c'est ne plus avoir accès à leur plage ».

Un enjeu national à un an de la présidentielle

Martine Vassal a annoncé qu'elle se maintiendrait entre les deux tours. Le député insoumis Sébastien Delogu, 38 ans, crédité de 13% des intentions de vote, bénéficie d'un solide tissu militant dans le centre et les quartiers nord. Il est peu probable qu'il se désiste pour Benoît Payan. Le résultat s'annonce serré dans la capitale du Sud, et le RN y croit fermement.

Franck Allisio déclare : « Les 15 et 22 mars, les Marseillais auront entre leurs mains non seulement l'avenir de leur ville, mais peut-être l'avenir du pays. Si nous l'emportons ici, dans la deuxième ville de France, ce sera, à un an de la présidentielle, un signal fort. » Benoît Payan rejoint cette analyse : « Si Marseille tombe, c'est un séisme. » La bataille marseillaise dépasse ainsi largement le cadre local, cristallisant les tensions et les espoirs politiques à l'échelle nationale.