Une investiture sème le doute parmi les démocrates, à quelques mois des élections de mi-mandat. Mardi 9 juin dans la soirée, un embarrassant candidat a remporté la primaire de son parti pour la course au siège de sénateur dans le Maine. Graham Platner, ancien Marine désormais ostréiculteur, s'est imposé à 41 ans comme la nouvelle figure du parti démocrate dans cet État clé avec plus de 70 % des voix, après le retrait de son adversaire, la gouverneure démocrate Janet Mills. Soutenu par l'aile gauche du parti, notamment Bernie Sanders, Graham Platner affrontera en novembre la sénatrice républicaine sortante Susan Collins, lors du scrutin des midterms particulièrement scruté pour sa capacité à faire basculer l'équilibre du Congrès, actuellement acquis aux républicains.
Un parcours atypique
Ancien combattant (il a été déployé à trois reprises en Irak et une fois en Afghanistan), Graham Platner a construit sa campagne sur un discours anti-establishment dénonçant l'influence des milliardaires, des élites politiques et des lobbyistes, en particulier républicains. Dans le Maine, État rural et côtier du nord-est des États-Unis, son image d'homme ordinaire, petit entrepreneur, et son positionnement inspiré de figures progressistes comme Bernie Sanders ou Alexandria Ocasio-Cortez, font espérer à l'aile gauche des démocrates qu'il séduise une population en quête de rupture et reconquière un siège clé au Sénat. Mais la partie la plus modérée du parti est de plus en plus alarmée par les polémiques qui s'accumulent autour du personnage.
Tatouage nazi et mépris envers les femmes
Ces derniers mois, le novice en politique a notamment été critiqué pour d'anciens messages publiés sur Reddit ayant refait surface, dans lesquels il appelait par exemple, en 2013, les femmes à "prendre leurs responsabilités" et à ne pas boire pour éviter d'être victimes d'agressions sexuelles. Un tatouage réalisé durant son passage chez les Marines, représentant un symbole associé aux SS nazis, a également suscité des interrogations. Graham Platner assure qu'il ignorait sa signification et affirme avoir entrepris de le recouvrir.
La dernière semaine de mai, plusieurs enquêtes de journaux américains ont exposé au grand jour des accusations supplémentaires. Le New York Times a notamment rapporté les témoignages d'anciennes compagnes le décrivant comme parfois méprisant envers les femmes. L'une d'elles affirme aussi avoir subi des comportements intimidants. Le candidat assure avoir traversé une période difficile marquée par l'alcool et un syndrome de stress post-traumatique lié à son expérience militaire, tout en contestant certaines accusations.
Le 30 mai, le Wall Street Journal a également révélé que Graham Platner aurait envoyé des messages à connotation sexuelle à plusieurs femmes — entre six et douze selon les sources. C'est son épouse, Amy Gertner, qui a révélé au printemps 2025 ses pratiques à une membre de l'équipe de campagne. Cette dernière a démissionné quelques semaines plus tard, en mauvais termes avec le candidat. Dans la foulée, Amy Gertner a publié un communiqué regrettant la communication de ces informations au grand public et déplorant une "intrusion" dans sa vie privée. "J'ai confié à cette personne le chapitre le plus intime de notre vie — les premiers jours de notre mariage, bien avant qu'il ne soit question de la moindre campagne", regrette-t-elle.
Atout ou balle dans le pied dans la course pour le Maine ?
Le Maine est devenu un État clé dans la stratégie démocrate de reconquête du Sénat, où le parti dispose de 47 sièges, contre 53 pour les républicains. Dans une carte électorale limitée, seuls quelques sièges sont jugés réellement compétitifs, dont le Maine, aux côtés de la Caroline du Nord, de l'Ohio, du Texas et de l'Alaska. Dans ce contexte, Graham Platner incarne à la fois une chance face à Susan Collins et une source d'inquiétude croissante pour une partie des démocrates.
Pour l'heure, Graham Platner bénéficie encore d'un soutien national solide, notamment de Bernie Sanders et Elizabeth Warren, ainsi que d'investissements publicitaires importants à hauteur de plusieurs millions d'euros. Il est également donné gagnant face à la candidate républicaine Collins par la majorité des sondages effectués ces dernières semaines, à environ 7 points d'écart. Mais plusieurs stratèges estiment que la répétition des scandales fragilise le message démocrate sur les questions d'éthique et de responsabilité, notamment face à une Susan Collins qui devrait concentrer ses attaques sur ce terrain.
Alors que les électeurs indécis du Maine choisissent souvent pour qui voter dans les dernières semaines, toute nouvelle révélation sur le candidat Platner pourrait encore modifier l'équilibre d'une course déjà considérée comme décisive pour le contrôle du Sénat américain. Et les craintes dépassent le seul scrutin sénatorial. Car les casseroles que traîne Graham Platner pourraient aussi avoir un effet négatif sur l'ensemble des campagnes démocrates dans le Maine, où le parti ambitionne aussi de conserver le poste de gouverneur et de conquérir un siège à la Chambre des représentants.



