À moins de six mois du premier tour de l'élection présidentielle, une poignée de candidats, peu attendus dans les sondages, comptent sur un phénomène de malentendu pour créer la surprise. Selon un sondage Ifop réalisé en janvier, 67% des électeurs déclarent ne pas connaître les programmes détaillés des candidats obtenant moins de 5% d'intentions de vote. Ces candidats misent sur ce flou pour capter un électorat volatile, désabusé par les ténors politiques.
Une stratégie de l'ambiguïté
Parmi eux, Jean Lassalle, candidat du parti Résistons, joue la carte de l'apaisement et de la ruralité. « Les gens en ont assez des discours convenus. Ils cherchent une voix différente, même s'ils ne savent pas exactement ce que je propose », a-t-il déclaré lors d'un meeting à Pau. Avec 2% d'intentions de vote, il espère doubler ce score en surfant sur la sympathie et l'absence de scrutin réel. De même, Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, mise sur un électorat souverainiste séduit par son opposition à l'Europe, mais qui pourrait se méprendre sur ses positions économiques. « Le malentendu est notre allié. Les électeurs retiennent un mot-clé, pas notre programme complet », explique un conseiller.
Des précédents historiques
Cette stratégie a déjà porté ses fruits par le passé. En 2002, Jean-Pierre Chevènement, crédité de 5% dans les sondages, avait atteint 5,33% au premier tour, créant une dynamique. En 2017, Jean Lassalle avait obtenu 1,21% des voix, bien en dessous de ses espérances, mais son impact médiatique avait dépassé ce score. Aujourd'hui, avec une fragmentation accrue du paysage politique, les petits candidats espèrent franchir le seuil des 5% nécessaire au remboursement des frais de campagne.
Les risques d'une telle approche
Cependant, compter sur le malentendu comporte des risques. L'électeur déçu par les promesses non tenues peut se tourner vers l'abstention ou les extrêmes. Selon le politologue Jean-Yves Camus, « ces candidats jouent avec le feu. Une fois au pouvoir ou en position de force, le malentendu se dissipe et la sanction électorale est brutale ». De plus, les médias et les adversaires peuvent exploiter les incohérences programmatiques. Ainsi, le candidat d'Union populaire républicaine, François Asselineau, bien que très présent sur les réseaux, peine à convertir sa notoriété en votes, avec 1% d'intentions.
Un espoir dans les urnes
Malgré tout, ces candidats restent confiants. « Les sondages ne mesurent pas l'enthousiasme sur le terrain », assure un porte-parole de Jean Lassalle. Avec des meetings moins fréquentés mais plus fervents, ils espèrent une mobilisation de dernière minute. Le 23 avril, le verdict des urnes dira si le malentendu a porté ses fruits ou s'il n'était qu'un mirage.



