Les relations entre la Pologne et l'Ukraine connaissent un nouvel épisode de crispation. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé le 23 juin 2026 qu'il ne participerait pas à la conférence sur la reconstruction de l'Ukraine organisée en Pologne les 25 et 26 juin. La délégation ukrainienne sera conduite par la Première ministre Ioulia Svyrydenko. Par ailleurs, le président polonais Karol Nawrocki, d'extrême droite, ne sera pas non plus présent : son Premier ministre Donald Tusk ne l'a pas invité, une décision que Kiev qualifie d'"affaire interne à la Pologne", selon un conseiller présidentiel ukrainien.
Un incident diplomatique majeur
Cette absence fait suite à une décision controversée de Karol Nawrocki. Le 19 juin, il a retiré à Volodymyr Zelensky l'Ordre de l'Aigle blanc, la plus haute distinction polonaise, qui lui avait été remise en avril 2023 par l'ancien président Andrzej Duda pour son rôle dans le renforcement des liens bilatéraux. En réaction, trois anciens présidents ukrainiens — Leonid Koutchma, Viktor Iouchtchenko et Petro Porochenko — ont restitué leurs propres médailles à Varsovie.
Karol Nawrocki a justifié sa décision par la décision de Zelensky, le 26 mai, de rebaptiser une unité des forces spéciales ukrainiennes en hommage aux "héros de l'armée insurrectionnelle ukrainienne" (UPA). Ce geste ravive des blessures historiques liées aux milices bandéristes, nées en 1929, qui ont collaboré avec le régime nazi et sont responsables du massacre de Volhynie en 1943, où au moins 50 000 civils polonais ont péri. Pour Kiev, Stepan Bandera symbolise la lutte contre l'oppression polonaise et soviétique, tandis qu'à Varsovie, il évoque un traumatisme national.
Zelensky défend sa décision
Malgré les critiques, Zelensky a maintenu sa décision. Sur X, il a déclaré : "Nous défendons la Pologne et l’Europe en ce moment même. Nos combattants meurent. Nos militaires choisissent eux-mêmes un nom héroïque pour leur unité, et en tant que président et commandant en chef suprême, je me dois de les soutenir." Il a également appelé à l'apaisement : "Nous et les Polonais ne pouvons être que des partenaires et des amis, car nous sommes voisins. La haine au sein de la société ne fera que renforcer la popularité de certains acteurs politiques."
Un conflit qui sert Poutine
Donald Tusk a qualifié cette discorde d'"erreur stratégique", estimant que "le conflit entre la Pologne et l’Ukraine réjouit Poutine et choque nos alliés. La mission des présidents Zelensky et Nawrocki est d’apaiser les esprits, pas d’attiser les tensions." Six médias polonais et ukrainiens ont lancé un appel conjoint à l'apaisement, avertissant que l'escalade risque de faire le jeu de la Russie en semant la discorde.
À un an des élections législatives polonaises, les discours anti-ukrainiens se multiplient, ce qui pourrait bénéficier au camp conservateur rival de Donald Tusk.



