L'Espagne et l'Algérie ont officiellement rétabli leurs relations diplomatiques le 8 novembre 2023, mettant fin à une crise de deux ans. L'ambassadeur d'Espagne à Alger, Fernando Morán, a remis ses lettres de créance au président algérien Abdelmadjid Tebboune, normalisant ainsi les liens entre les deux pays.
Les origines de la crise
La crise avait éclaté en mars 2022, lorsque le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez avait surpris son allié algérien en soutenant le plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental. Cette position, jugée comme un revirement par Alger, avait conduit à la suspension des relations bilatérales et au rappel de l'ambassadeur algérien à Madrid.
L'Algérie, qui soutient le Front Polisario dans le conflit du Sahara occidental, considère ce territoire comme une colonie marocaine. Le changement de position de l'Espagne, ancienne puissance coloniale, a été perçu comme une trahison par Alger.
Un rapprochement progressif
Le dégel des relations a été amorcé en avril 2023, lors d'une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères espagnol et algérien en marge d'une réunion de l'Union pour la Méditerranée. Les discussions ont porté sur les intérêts communs, notamment la coopération énergétique et la lutte contre l'immigration irrégulière.
Selon une source diplomatique espagnole, « les deux parties ont compris qu'il était dans leur intérêt de tourner la page. L'Espagne a besoin de l'Algérie pour sa sécurité énergétique, et l'Algérie a besoin de l'Espagne comme partenaire économique et politique en Europe. »
Les enjeux économiques et énergétiques
L'Algérie est un fournisseur clé de gaz naturel pour l'Espagne. En 2022, l'Espagne a importé 25 % de son gaz d'Algérie, selon les données du gestionnaire du réseau de transport espagnol. La crise avait mis en péril ces approvisionnements, d'autant que l'Espagne cherchait à diversifier ses sources après l'invasion russe de l'Ukraine.
La réconciliation permet également de relancer les échanges commerciaux, qui s'élevaient à 8 milliards d'euros en 2021. Les entreprises espagnoles, notamment dans les secteurs de la construction et des infrastructures, espèrent retrouver des marchés en Algérie.
Un contexte régional complexe
Le rétablissement des relations intervient dans un contexte de tensions entre l'Algérie et le Maroc, qui se disputent l'hégémonie régionale. L'Espagne, de son côté, cherche à maintenir un équilibre entre ses deux voisins du Maghreb.
Pedro Sánchez a déclaré que « l'Espagne aspire à des relations équilibrées et constructives avec tous les pays de la région, dans le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chacun. » Une formule qui vise à rassurer à la fois Alger et Rabat.
Les réactions internationales
La normalisation a été saluée par l'Union européenne, qui voit dans ce rapprochement un signal positif pour la stabilité en Méditerranée. Le porte-parole de la Commission européenne a souligné que « des relations solides entre l'Espagne et l'Algérie sont essentielles pour la sécurité énergétique et la coopération migratoire. »
En revanche, le Front Polisario a exprimé sa déception, estimant que l'Espagne n'avait pas suffisamment consulté les parties prenantes sahraouies.
Perspectives d'avenir
Les deux pays ont convenu de rétablir la pleine coopération dans les domaines économique, culturel et sécuritaire. Une visite officielle de Pedro Sánchez à Alger est envisagée dans les prochains mois.
Selon un analyste politique algérien, « cette réconciliation est pragmatique. Les deux pays ont besoin l'un de l'autre, et les différends sur le Sahara occidental ne doivent pas entraver des intérêts communs plus larges. »



