Laurent Nuñez en Algérie pour relancer la coopération sécuritaire malgré les tensions
Nuñez en Algérie pour relancer la coopération sécuritaire (16.02.2026)

Une visite sensible pour relancer le dialogue sécuritaire

Le ministre de l'Intérieur français Laurent Nuñez effectue lundi et mardi une visite officielle en Algérie, dans le but de renouer les liens entre les deux pays sur les questions de sécurité. Ce déplacement hautement sensible intervient dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes entre Paris et Alger, mais pourrait marquer un premier signe de dégel.

Un dialogue politique après une préparation technique

« Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation entre services à un niveau technique et donc maintenant, on passe à la phase politique », a déclaré Laurent Nuñez vendredi lors d'un déplacement à Marseille. Le ministre a précisé avec prudence que cette réunion aborderait « toutes les questions de sécurité », notamment la lutte contre le terrorisme, contre les narcotrafiquants et l'immigration illégale.

« J'ai toujours été confiant dans le rétablissement des relations sécuritaires avec l'Algérie […] Cette visite est l'aboutissement de cette position, qui est de continuer à dialoguer avec les autorités algériennes sur les questions de sécurité. Ça me paraît indispensable », a-t-il ajouté.

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Le dossier épineux des réadmissions

Le sujet des réadmissions demeure particulièrement délicat. À ce jour, aucun ressortissant algérien sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) n'a été accepté par Alger, selon une source proche du dossier. Début février, le ministre français avait affirmé attendre pour se rendre en Algérie « un bougé », une « amorce de réponse » d'Alger sur ce sujet ainsi que sur le cas de Christophe Gleizes, le journaliste sportif français arrêté en mai 2024 en Kabylie et condamné en appel à 7 ans de prison pour « apologie du terrorisme ».

Si une amorce de réponse a pu expliquer la concrétisation de ce déplacement, elle n'a pas été rendue publique. La relation entre les deux pays s'était fortement dégradée depuis l'été 2024 et la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Des tensions multiples et persistantes

Les tensions franco-algériennes n'ont cessé de se multiplier ces derniers mois :

  • L'enlèvement d'un influenceur algérien opposant au régime d'Abdelmadjid Tebboune en avril 2024
  • L'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, gracié un an plus tard
  • La mise en examen d'un agent consulaire algérien en avril 2025
  • L'expulsion de douze agents de l'ambassade française à Alger quelques jours plus tard

Des signaux positifs de part et d'autre

« Je trouve qu'il y a des signaux positifs qui se déclenchent des deux côtés », estime Sabrina Sebaihi, députée écologiste. « D'un côté, on a le transfert de Christophe Gleizes à côté d'Alger, le président algérien qui dit 'je reprends tous mes ressortissants'. De notre côté, le ministre de l'Intérieur dit 'moi je vais y aller'. Peut-être qu'on est dans un moment de désescalade de la crise », a expliqué la députée des Hauts-de-Seine.

Le dernier déplacement d'un ministre de l'Intérieur en Algérie remontait à fin 2022 avec la visite de Gérald Darmanin. Son successeur Bruno Retailleau avait cristallisé les crispations, tentant régulièrement d'aller au bras de fer, notamment autour de la libération de l'écrivain Boualem Sansal.

Une approche plus mesurée que celle de son prédécesseur

L'ancienne ministre socialiste Ségolène Royal, qui s'est rendue récemment en Algérie, s'était posée en médiatrice lors de cette visite initiée à titre personnel en tant que présidente de l'Association France-Algérie. Elle était venue plaider pour une « reconstruction de l'amitié entre la France et l'Algérie ».

En arrivant lundi à Alger, Laurent Nuñez n'entend pas montrer les dents comme son prédécesseur, ni afficher des objectifs ambitieux. Selon des sources diplomatiques, l'important est de renouer le dialogue, si ténu soit-il, au niveau sécuritaire. Cette visite représente donc une tentative prudente de réengagement après des mois de relations difficiles entre les deux pays.

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