Sous un soleil de plomb, les vignes du domaine de Valcombe, à Générac, abritent un secret bien gardé : les papillons mâles y sont privés de rendez-vous galants. La raison ? Une méthode viticole nommée confusion sexuelle, employée pour éloigner l’Eudémis et protéger les raisins. C’est de ce procédé naturaliste qu’est née l’étiquette la plus coquine du Gard : No sex for butterfly, un vin bio imaginé en 2012 par la famille Ricome.
Derrière ce nom potache se cache une cuvée pensée pour la jeune génération, avec « beaucoup de fruit et peu d’acidité », résume Nicolas Ricome, qui dirige le domaine avec son frère Basile. Le 100 % grenache rouge, planté sur des galets roulés, « est un véritable nectar de fruit caractérisé par sa fraîcheur et sa gourmandise ». Il commence par un nez de cassis très marqué, puis développe en bouche un velouté délicieux, avec une finale évoquant le croquant des bonbons au cassis. Un vin à boire sans manger, simple à reconnaître et accessible, qui se garde cinq ans. Le 100 % grenache blanc n’est pas en reste : fleurs blanches au nez, fruits exotiques en bouche, et une finale où se mêlent fraîcheur et douceur.
Pourquoi ce nom ? La confusion sexuelle comme étendard
L’histoire commence en 2012, lorsque le domaine de Valcombe prépare sa toute première cuvée bio. Nicolas Ricome, fraîchement rentré d’Afrique du Sud et d’Angleterre, a observé là-bas une clientèle féminine urbaine, des trentenaires et quadragénaires qui sortent entre copines après le travail et boivent un verre. « On voulait viser ce type de clientèle », explique-t-il. Le nom initial, au nom du domaine, est pourtant refusé par les douanes. « On ne pouvait pas faire du domaine de Valcombe bio et non bio avec le même nom », se souvient Nicolas Ricome. « On a alors décidé de choisir quelque chose de complètement différent. »
L’inspiration vient de la technique de lutte utilisée dans les vignes contre le ver de la grappe : la confusion sexuelle. « Pour empêcher l’accouplement des papillons Eudémis dans les vignes, dont les larves mangent les raisins, on sature la vigne de phéromones femelles », expose le viticulteur. Les mâles, totalement désorientés, finissent par aller chercher l’âme sœur ailleurs. Cette pratique ne laisse aucun résidu pour la faune, la flore ni pour le vigneron, mais elle coûte beaucoup plus cher qu’un traitement phytosanitaire et exige de l’huile de coude : « Pour poser 400 capsules par hectare », précise-t-il.
Un lancement laborieux, puis un succès caviste
Tout ne fut pas simple. Les six premiers mois de commercialisation sont qualifiés de « catastrophiques » par le viticulteur. En février 2013, au salon Vinisud de Montpellier, le mot « sex » imprimé sur l’étiquette rebute une partie des cavistes. Mais les enseignes qui acceptent de tester le produit rappellent rapidement : les clients adorent, tant pour le goût que pour l’humour du visuel. « Je crois que le gage de cette réussite, c’est qu’on a été un des premiers de la région à démarrer une marque en ayant d’abord ciblé une clientèle », analyse Nicolas Ricome.
Le graphisme est signé par la belle-sœur de Nicolas Ricome, designer en Afrique du Sud. L’étiquette, conçue comme « une étiquette déchirée avec deux papillons qui ne peuvent pas se rejoindre », renforce le côté décalé de la bouteille. Aujourd’hui, la marque No sex for butterfly se décline en sept cuvées différentes, pour environ 75 000 bouteilles écoulées chaque année sur les 300 000 produites au domaine de Valcombe.
Le domaine, 100 % bio depuis 2018, marqué par le feu
Cette cuvée pionnière illustre la conversion totale du domaine au bio, achevée en 2018. « On a démarré avec 15 hectares seulement avant de convertir tout le domaine », rappelle Nicolas Ricome. Le vignoble s’étend désormais sur 80 hectares, un territoire durement touché par l’incendie de 2019, qui a brûlé 800 hectares autour de Générac. De cette épreuve sont nées des cuvées chargées d’histoire.
Parmi elles : la Garance, créée en 2000, issue de la plus ancienne parcelle de syrah de la région nîmoise, plantée en 1955 par le grand-père, sur un domaine fondé en 1740. La cuvée Pastel rosé, assemblage de syrah et de 10 % de viognier, joue les vitrines avec ses notes de pamplemousse. Enfin, Terre cendrée, un assemblage de syrah et de grenache, a été imaginée après l’incendie en témoignage du désastre et en solidarité avec les pompiers : 50 centimes par bouteille vendue sont reversés à l’œuvre des pupilles.
Des déclinaisons sans limite et un message rassurant
Le succès aidant, la gamme s’est élargie au grenache blanc, au rosé de syrah, au chardonnay, au pinot noir et même à une version à 9 degrés. De quoi satisfaire tous les amateurs de vins faciles à vivre. Et pour ceux qui s’inquièteraient du message envoyé aux papillons, Nicolas Ricome rassure : les diffuseurs de phéromones naturelles empêchent les rencontres entre lépidoptères, mais « la consommation de ce flacon n’implique pas de telles conséquences chez l’homme », plaisante-t-il. Une raison de plus pour lever son verre sous les étoiles, lors d’un apéro estival, et laisser la soirée suivre son cours.



