Ce dimanche 23 août, la communauté ukrainienne de la Côte d'Azur s'est rassemblée à Nice pour célébrer le 35e anniversaire de l'indépendance de l'Ukraine. Organisée par l'Association franco-ukrainienne Côte d'Azur (AFUCA), la marche est partie de la place Garibaldi pour rejoindre le jardin Albert-Ier, où une scène avait été installée pour accueillir des artistes. Une occasion de se retrouver, alors que la guerre continue de faire rage dans le pays d'origine.
Une marche symbolique pour la fierté nationale
Les participants, nombreux à porter le drapeau jaune et bleu ou à arborer la traditionnelle vychyvanka, cette chemise brodée de symboles, ont défilé dans une ambiance à la fois festive et solennelle. Des enfants passaient sous un grand drapeau ukrainien, tandis que certains avaient coiffé leurs cheveux de couronnes de fleurs.
Anna et Sergii sont venus avec leurs deux enfants, Anna, 8 ans, et Jenya, 12 ans. Sergii travaille encore en Ukraine, à Dnipro, pour une grande entreprise de production de pièces électroniques. « Je travaille pour une grande entreprise de production de pièces électroniques et mon travail est jugé indispensable pour l'économie ukrainienne, explique-t-il. Je viens leur rendre visite. » La famille est arrivée en France dix jours après le début de la guerre, le 24 février 2022.
En ce jour symbolique, les parents rappellent à leurs enfants la fierté d'être ukrainiens. « C'est d'autant plus fort que c'est le premier été où ils ne sont pas retournés en Ukraine », raconte le père. Tout est trop dangereux là-bas, alors les parents ont décidé de faire l'impasse sur les vacances avec les grands-parents.
La guerre au quotidien : « Comme jouer au loto »
Sur son téléphone portable, Sergii montre les images qui rythment son quotidien : le magasin de son entreprise bombardé la veille à Kryvyï Rih, un train en feu, ou encore l'appartement de ses propres parents, réduit à l'état de ruines après une attaque de drones. « Vivre là-bas, c'est comme jouer au loto tous les jours, on ne sait pas si on va vivre ou mourir. Notre plus grande motivation, c'est que l'Ukraine existe en tant que pays fier et indépendant », continue-t-il.
Kateryna, bénévole active à l'AFUCA, explique que le jour de l'indépendance ukrainienne est en réalité le 24 août. « Mais ça tombait un lundi et beaucoup de gens qui travaillent n'auraient pas pu venir. » Alors l'événement a été avancé d'un jour. « D'ordinaire, poursuit la jeune fille de 17 ans arrivée en France en 2014, il y a un défilé militaire puis on se retrouve en famille et entre amis pour déguster le bortch. » Désormais, la communauté ukrainienne azuréenne se réunit « pour montrer qu'on existe, qu'on est là et qu'on ne lâche rien ».
Revendiquer l'indépendance face à la Russie
« La guerre a donné une autre portée à cette célébration », détaille Nazarenko. L'homme de 43 ans, commercial, vit à Mandelieu-la-Napoule et n'aurait raté le rassemblement pour rien au monde. Il est venu en train, accompagné de son frère et de ses parents qui résident à Antibes. « L'Ukraine a toujours dû se battre depuis 1991. Nous n'avons jamais été tranquilles et il y a eu beaucoup d'ingérence russe, lors de la Révolution orange de 2004 ou encore l'annexion de la Crimée en 2014. » Une preuve, pour de nombreux Ukrainiens, que la Russie n'accepte pas leur indépendance et s'obstine à considérer leur pays comme relevant de sa sphère d'influence, comme à l'époque de l'URSS.
Récolte de fonds pour l'hiver
Au jardin Albert-Ier, plusieurs stands proposent des mugs, des drapeaux et des pièces créées par des artisans. Une jeune femme s'empare d'une ceinture en cordons rouges. « L'argent récolté va nous permettre d'acheter du matériel pour l'hiver, précise Nadiia, présidente de l'association France Ukraine du Var. On anticipe les besoins et on espère financer des groupes électrogènes car l'année dernière, la vague de froid a été très dure. »
Loin de chez elle, elle suit avec inquiétude les bombardements récents : « Ce ne sont pas de simples endroits pour nous. J'ai beaucoup voyagé dans le pays et chaque village a une valeur sentimentale. Aujourd'hui, c'est vraiment pour défendre notre pays que nous sommes réunis. Même loin de l'Ukraine, nous la défendons. »



