Négociations USA-Iran à Islamabad : un cessez-le-feu précaire et des tensions persistantes
Le monde observe à nouveau avec attention l'hôtel Serena d'Islamabad, au Pakistan, un lieu désormais placé sous haute surveillance. C'est dans cet établissement qu'un premier round de discussions entre l'Iran et les États-Unis s'était tenu une semaine plus tôt, sans aboutir à un accord concret. Le vice-président américain J.D. Vance était alors rentré du Pakistan les mains vides, marquant un échec diplomatique initial.
Depuis le 16 avril, un cessez-le-feu est théoriquement en vigueur, accompagné d'un blocus naval américain dans le détroit d'Ormuz. Les officiels américains attendent donc leurs homologues iraniens ce lundi pour une nouvelle session de négociations. Cependant, l'Iran laisse planer un doute sur sa participation, critiquant l'absence d'engagement sérieux dans un processus diplomatique de la part des Américains.
Une escalade récente dans le détroit d'Ormuz
Le cessez-le-feu, qui doit rester effectif jusqu'à mercredi, a été sérieusement fragilisé durant le week-end par plusieurs micro-incidents dans le détroit d'Ormuz. Trois navires commerciaux tentant de franchir ce passage stratégique ont essuyé des tirs iraniens samedi. En représailles, des marines américains ont saisi le Touska, un cargo battant pavillon iranien.
Cette escalade a immédiatement provoqué une hausse des prix du pétrole sur les marchés internationaux, rappelant la sensibilité économique de cette zone. C'est dans ce climat particulièrement tendu que s'ouvrent les nouvelles négociations au Pakistan, cruciales pour l'administration de Donald Trump.
L'analyse de Romuald Sciora, chercheur spécialiste des États-Unis
Romuald Sciora, chercheur associé à l'IRIS et coauteur d'America 250. Une histoire graphique des États-Unis, apporte son éclairage sur cette situation complexe.
Le Point : Les négociations de la semaine dernière entre l'Iran et les États-Unis n'avaient pas abouti. Qu'attendre de ces nouveaux pourparlers ?
Romuald Sciora : Il ne s'agissait pas d'un échec la semaine dernière, juste d'un premier round. Cette fois, je miserai plutôt sur la signature d'un accord cette semaine ou la suivante, sans qu'il soit forcément définitif. Les deux parties ont tout intérêt à mettre un terme au conflit, quitte à faire des compromis de part et d'autre.
En bloquant le détroit d'Ormuz, les Iraniens ont remporté une victoire symbolique, mais le régime reste très déstabilisé en interne. La gestion du détroit d'Ormuz offre néanmoins aux Iraniens un levier précieux afin de faire monter la pression avant les négociations et d'obtenir le maximum de Donald Trump.
De son côté, Trump cherchera à obtenir le minimum dont il a besoin pour sortir de ce bourbier la tête haute. S'il ne l'obtient pas, c'est plus inquiétant, car il lui reste peu de possibilités. Je ne crois pas que les États-Unis déploieront des centaines de milliers de soldats au sol. Ils pourraient détruire les infrastructures électriques et les ponts iraniens, comme Trump a menacé de le faire, ou accentuer les bombardements jusqu'à l'utilisation, peut-être, d'une méga bombe, comme en Afghanistan. Sans que cela ne garantisse un quelconque changement de régime…
Un poker menteur diplomatique
Les représentants iraniens maintiennent un doute sur leur présence à Islamabad. Tentent-ils un coup de force ?
Romuald Sciora : Tout cela fait partie d'un poker menteur. Comme lors d'une dispute à table, vous vous levez en faisant mine de partir puis vous vous rasseyez. C'est du théâtre. Tout comme les escarmouches dans le détroit d'Ormuz ce week-end. Aucune des deux parties n'a pour intérêt de faire traîner ces négociations. Elles n'ont pas le choix.
Les conséquences politiques pour Donald Trump
Le Point : L'absence d'accord fragilise-t-elle Trump sur la scène intérieure américaine ?
Romuald Sciora : Attention, il ne faut pas l'enterrer trop vite, car il peut compter sur une base Maga très solide. Lors d'un meeting, le 17 avril, organisé par Turning Point à Phoenix (Arizona), il s'est fait acclamer pour avoir annoncé que le détroit d'Ormuz était rouvert ! Avant qu'il ne déclare la guerre à l'Iran, le détroit était déjà ouvert… C'est un tour de passe-passe extraordinaire.
Mais sa popularité en pâtit quand même… Cette guerre a été déclarée par Donald Trump contre l'avis du vice-président, J.D. Vance, de sa cheffe de cabinet, Susie Wiles, de la plupart des généraux du Pentagone et des élus républicains. Trump a déployé la flotte américaine la plus importante depuis 2003, il s'est embarqué sans stratégie et doit justifier ses gesticulations depuis.
Le président a été élu sur la promesse de ne jamais entraîner le pays dans une guerre à rallonge. Or c'est ce qui est en train de se passer. Ce que critiquent au quotidien les influenceurs Maga isolationnistes. Par ailleurs, le coût de l'essence flambe au pays de la voiture reine, ce qui s'ajoute à une inflation galopante. Avant la guerre, Trump disposait de 40 % de popularité. Elle s'effrite et se situe désormais autour de 37 %. Trump n'a jamais été aussi fragile.
Les enjeux pour les élections de mi-mandat
Le Point : À quel point cela peut-il compter pour les élections de mi-mandat, en novembre ?
Romuald Sciora : L'administration Trump semble avoir prévu de contester les résultats de ces élections. Cela peut passer si elle concède quelques défaites. Mais pas en cas de vague démocrate ! Or, c'est un scénario qui se profile. Pour se dépêtrer de cette guerre, Trump cherche donc la sortie de secours, et mendie un compromis pour passer à autre chose. Peut-être au cas Cuba, qui lui permettrait de faire oublier ce guêpier avant les midterms.
J.D. Vance, lui, rêve de rentrer du Pakistan avec un accord. Et ainsi d'apparaître comme le faiseur de paix, une position qui pourrait renforcer son statut politique dans un contexte de tensions internes au sein de l'administration américaine.



