Le tweet de Meloni sur Deranque : une réponse ancrée dans la mémoire des martyrs d'extrême droite
Meloni et Deranque : une réponse ancrée dans la mémoire des martyrs

Une réponse présidentielle perçue comme une ingérence

Lorsque Giorgia Meloni a publié un tweet le 18 février 2026 au sujet de la mort du jeune militant identitaire français Quentin Deranque, Emmanuel Macron y a immédiatement vu une manœuvre politicienne. Le président français, en voyage officiel en Inde, a répondu avec une formule paysanne et méprisante : « Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés. » Cette réplique a été interprétée comme un rejet catégorique de ce qu'il considérait comme une ingérence dans les affaires intérieures françaises.

La contre-attaque de Meloni et ses conséquences diplomatiques

Giorgia Meloni n'a pas laissé passer cette attaque. Sur la chaîne SkyTG24, elle a rappelé que la France avait accordé l'asile à d'anciens membres des Brigades rouges après les années de plomb italiennes, suggérant ainsi que Macron ferait mieux de balayer devant sa porte avant de donner des leçons. Cette escalade verbale a conduit au report du sommet franco-italien prévu en avril, marquant une nouvelle tension dans les relations entre les deux pays.

Les racines profondes d'une réaction politique

En réalité, Emmanuel Macron avait tort de s'étonner de la réaction de la présidente du Conseil italien. Giorgia Meloni ne pouvait pas se taire face à la mort de Quentin Deranque, non par calcul politique ou volonté d'embarrasser la France, mais parce que cet événement active en elle un réflexe profondément ancré, remontant à son adolescence.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La formation politique dans les caves romaines

Tout commence dans le parc du Colle Oppio, à Rome, où se trouve le « Circolo Stefano Recchioni ». Recchioni avait dix-neuf ans lorsqu'il est mort d'une balle dans la tête le 7 janvier 1978, lors des affrontements qui ont suivi le massacre d'Acca Larentia. Cette nuit-là, deux autres jeunes militants du MSI, Franco Bigonzetti et Francesco Ciavatta, ont été abattus par un commando d'extrême gauche. Les meurtriers, jugés en 1987, ont été acquittés faute de preuves, laissant l'affaire non élucidée jusqu'à aujourd'hui.

Le rituel mémoriel des Fratelli d'Italia

Chaque 7 janvier depuis lors, des centaines de militants se réunissent via Acca Larenzia au crépuscule. Ils lèvent le bras trois fois et crient « Presente ! », un hommage mussolinien déclarant les morts toujours présents parmi les vivants. En 2024, parmi les participants figuraient Fabio Rampelli, vice-président de la Chambre, et Francesco Rocca, président de la région Latium, tous deux membres de Fratelli d'Italia.

L'apprentissage politique de Giorgia Meloni

C'est dans ce même local du Colle Oppio qu'une adolescente de quinze ans venue du quartier populaire de la Garbatella a fait son apprentissage politique au début des années 1990 : Giorgia Meloni. Sa mère avait milité au MSI avant elle, et la section était alors dirigée par Fabio Rampelli, surnommé « Dante » pour son nez aquilin.

La construction d'une nouvelle mythologie

Fabio Rampelli avait une ambition claire : sortir la droite de sa marginalité sectaire sans trahir ses morts. Il a créé les « Gabbiani » (les Goélands), étudié Gramsci et Ezra Pound, et fait du Seigneur des Anneaux de Tolkien une nouvelle mythologie fondatrice. Dans cette cave, les anciens transmettaient aux jeunes la mémoire des camarades tombés : Recchioni, Ramelli, Bigonzetti, Ciavatta. Des noms récités comme un chapelet.

La dédiabolisation par l'image

Rampelli a repéré la jeune Giorgia Meloni et l'a propulsée sur le devant de la scène. « En 1998, je l'ai choisie parce qu'elle était à la fois irrévérencieuse et douce, confie-t-il. Et qu'elle se prêtait parfaitement à dédiaboliser l'image du militant de droite pur et dur. » L'historien Miguel Gotor décrit cependant cette atmosphère en termes plus sombres : « Les jeunes écoutaient les anciens leur transmettre la mémoire des militants tombés. Voilà l'origine du discours victimaire de Meloni. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

La continuité d'une mémoire politique

Cette mémoire, Giorgia Meloni ne l'a jamais reniée. Le 25 avril 2025, jour du 80e anniversaire de la libération de l'Italie, elle s'est prêtée au rituel républicain aux côtés du président Mattarella. Mais le soir même, elle a enregistré une longue vidéo non pas pour les partisans antifascistes, mais pour Sergio Ramelli, mort cinquante ans plus tôt sous les coups de clés anglaises d'un commando d'extrême gauche.

Un vocabulaire constant des martyrs

Le 10 septembre 2025, lorsque Charlie Kirk a été abattu sur le campus de l'Utah Valley University, Giorgia Meloni a tweeté dans l'heure : « Un meurtre atroce, une blessure profonde pour la démocratie. » Elle a employé le vocabulaire des martyrs, parlant de « sacrifice ». Cinq mois plus tard, face à la mort de Quentin Deranque à Lyon, elle a utilisé exactement la même formule, qualifiant l'événement de « blessure pour l'Europe entière ».

La gardienne du temple mémoriel

Emmanuel Macron a interprété le tweet de Meloni comme une simple provocation diplomatique. La réalité est plus complexe et plus profonde. Pour la présidente du Conseil italien, la mort de Quentin Deranque n'est pas un simple fait divers français, mais un épisode de l'histoire universelle des militants identitaires qui tombent pour leurs idées.

Meloni se considère comme la gardienne de cette mémoire depuis qu'on la lui a transmise à quinze ans dans la cave humide du Colle Oppio, entre le nom de Recchioni gravé sur la porte et la lecture du Seigneur des Anneaux. Ce que Macron a pris pour de l'ingérence est en réalité un réflexe de solidarité entre martyrs, une grammaire politique que les Fratelli d'Italia pratiquent depuis la fondation du parti.

Ignorer la mort de Quentin Deranque aurait été, pour Giorgia Meloni, trahir la mémoire de Recchioni, de Ramelli, et de toute une généalogie de morts que son monde politique a toujours refusé d'oublier. On peut trouver cette vision du monde inquiétante, mais la réduire à un simple calcul diplomatique revient à passer à côté de l'essentiel de sa construction politique et identitaire.