Lettre à Xavier Driencourt : les vérités sur l'Algérie
Lettre à Xavier Driencourt : vérités sur l'Algérie

Deux siècles déjà se sont écoulés depuis les premières années d'une colonisation française qui allait s'achever par une guerre quasiment "de religion". Des images terribles, comme celles des têtes coupées des moines de Tibhirine, assassinés en 1996 dans leur monastère, restent inscrites dans les mémoires. Ce qui n'a pas empêché, déplorez-vous dans votre tout dernier livre intitulé L'Algérie 1830-2026, Vérités et Légendes (éditions Perrin), le Pape Léon XIV de se rendre en Algérie dès le mois d'avril dernier. Là, le chef de la Chrétienté allait rencontrer le grand Imam et découvrir l'une des trois plus grandes mosquées du monde, avec son minaret de 265 mètres de haut, un record pour l'orgueil des musulmans censés représenter aujourd'hui 98 % de la population algérienne.

Souvenirs personnels et politiques

D'autres souvenirs, plus personnels, me reviennent en vous lisant : je revois Nicolas Sarkozy, invité par le président Abdelaziz Bouteflika, accueilli à Alger en 2007 puis en 2012 par les cris d'enthousiasme de jeunes Algériens dégringolant à toute allure des étages pour scander : "Des visas ! Des visas !" Ce qui faisait rire le ministre puis président français, mais ne faisait pas rire du tout son hôte. Je crois aussi entendre encore le leader Hocine Aït Ahmed, l'un des "premiers maquisards d'Algérie", évadé de prison, réfugié en Suisse puis revenu au pays après des années d'exil pour se présenter à la présidentielle. Nous avions fait ensemble la longue route d'Alger à Oran, où il allait rencontrer en cachette, dans une cave, des féministes. Il n'avait cessé de se lamenter.

Un passé agricole regretté

Devant le maigre déjeuner du seul bistrot trouvé sur la route, et où il jetait par terre les fruits servis pour le dessert, en enrageant "mandarines algériennes !". Mais surtout, devant les paysages desséchés. Et comme je lui demandais : "Mais enfin, c'était comment, avant ? Du temps des Français ?", il me répondait, au bord des larmes : "Avant ? Il y avait des vignobles bien taillés, des rosiers au bout de chaque rangée." Aurais-je dû m'interdire de le citer, alors que lui-même, me voyant prendre des notes comme d'habitude sur mon cahier d'écolière, semblait le souhaiter ? Mais ses déclarations de candidat "ouvert" allaient déplaire beaucoup plus qu'il ne l'imaginait. Après cela, bien sûr, Aït Ahmed ne voudrait plus, à son retour en France après une défaite imprévue, me serrer la main ni même me saluer en public.

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Un ambassadeur sans a priori

Deux fois ambassadeur de France en Algérie (de 2008 à 2012, puis de 2017 à 2020), vous avez observé et noté ces comportements, de part et d'autre de la Méditerranée, sans crainte et sans a priori, même si ceux que votre connaissance de l'Histoire et votre franchise agacent tentent de vous dépeindre en sympathisant de l'extrême droite. Votre longue expérience du terrain mais aussi votre talent vous permettent de mener un récit aussi limpide que documenté, dont les chapitres courts (de "De Gaulle a-t-il compris l'Algérie ?" à "Les relations franco-algériennes sont-elles condamnées à la crise permanente ?") réveillent notre curiosité tout en nous permettant de mettre de l'ordre dans nos trop rares connaissances historiques. Merci pour la France. Merci pour l'Algérie que nous aurions voulu aimer.

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