Iran-USA : 50 ans de relations tumultueuses, du soutien au Shah aux frappes actuelles
Iran-USA : 50 ans de relations du soutien au Shah aux frappes

L'alliance stratégique des années 1970 : le Shah, gendarme du Golfe

En mai 1972, sur les hauteurs verdoyantes de Téhéran, le chah d'Iran Mohammad Reza Pahlavi et son épouse Farah reçoivent le président américain Richard Nixon et sa femme Pat, vêtue d'une robe longue en soie rose pour un dîner de gala. Sept ans avant la révolution islamique, les États-Unis et l'Iran sont encore de solides alliés, en vertu de la doctrine Nixon qui fait de Téhéran, avec l'Arabie saoudite, l'un des deux piliers de sa politique de stabilité au Moyen-Orient.

Le président américain décuple alors l'aide militaire offerte à la monarchie perse. Cela inclut des avions de chasse F-14 Tomcat, des navires destroyers et des systèmes Awacs. L'Iran devient le "gendarme" de Washington dans le Golfe, censé contenir l'influence soviétique dans la région.

Lors du dîner de gala au palais Saadabad, Richard Nixon porte un toast mémorable. Le républicain va jusqu'à dire au Shah : "Protégez-moi", sous-entendant dans la région. Il offre ainsi au monarque un véritable chèque en blanc. Saisi d'hubris, le Shah accentue la répression contre les opposants politiques et, atteint par la folie des grandeurs, tente même de racheter la compagnie aérienne Pan Am et la chaîne d'hôtels Intercontinental.

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Le tournant Carter et la révolution islamique

Après l'affaire du Watergate et la démission de Nixon, son successeur Gerald Ford poursuit la même politique. En Iran, le clergé se sent humilié par la modernisation à marche forcée, tandis que la bourgeoisie et l'élite intellectuelle nourrissent un ressentiment croissant face aux violations des droits de l'homme.

Lorsque le démocrate Jimmy Carter est élu président en novembre 1976, les opposants iraniens au monarque reprennent espoir. Mais le 31 décembre 1977, ils déchantent. Lors d'une visite officielle à Téhéran – la dernière d'un président américain – où il passe le réveillon du Nouvel An, Carter chante les louanges du Shah, saluant son "grand leadership" qui apporte "la stabilité dans une des régions les plus troublées du monde". L'intelligentsia iranienne, qui attendait autre chose du démocrate, se sent trahie.

Les mois suivants, depuis la Maison Blanche, le président infléchit toutefois la politique américaine de soutien inconditionnel. Il fait pression sur le Shah pour qu'il libéralise un tant soit peu la vie politique. Mais il est trop tard. Treize mois après cette visite officielle, le Shah est en fuite. Peu après, l'ayatollah Khomeyni rentre de son exil en France, accueilli par deux millions de fidèles.

La crise des otages et l'opération Eagle Claw

Le 4 novembre 1979, le cauchemar commence : 66 diplomates américains sont pris en otage à Téhéran dans leur propre ambassade. Jimmy Carter devient l'ennemi numéro un de Khomeyni, qui entend lui faire payer son toast du Nouvel An deux ans plus tôt. Cinquante-deux membres de l'ambassade resteront captifs pendant 444 jours, le plus long calvaire diplomatique de l'histoire américaine.

Carter tente tout : sanctions, rupture des relations, embargo pétrolier. Puis, le 24 avril 1980, il déclenche l'opération Eagle Claw (griffe d'aigle) : huit hélicoptères sont lancés dans le désert pour un raid de sauvetage. Mais en raison d'un manque de coordination du commandement, de pannes mécaniques en série et, in fine, d'une collision entre un hélicoptère et un C-130 qui coûte la vie à huit militaires, le fiasco est complet. Il coûtera à Jimmy Carter sa réélection en novembre 1980.

L'ère Reagan : l'Irangate et les tensions militaires

Alors que le Shah d'Iran décède en exil en Égypte en juillet 1980, Ronald Reagan, tout juste élu, tire les leçons de cette bérézina : il réorganise le commandement militaire pour une meilleure coordination et crée un commandement des opérations spéciales. Humiliation suprême pour Carter : les otages sont libérés quelques minutes seulement après que son successeur a prêté serment, le 20 janvier 1981.

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La présidence Reagan ouvre un nouveau chapitre tumultueux. Pour commencer, des attentats-suicides à Beyrouth en octobre 1983 frappent les contingents américain et français de la Force multinationale de sécurité au Liban, tuant 241 soldats américains et 58 parachutistes français. Paris et Washington accusent le Hezbollah et l'Iran.

Les deux capitales soutiennent d'ailleurs ouvertement – comme les autres puissances occidentales – Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak (1980-1988). Cela n'empêche pas Ronald Reagan d'être éclaboussé par l'affaire de l'Irangate : des ventes d'armes secrètes à l'Iran en 1985-1986, en contradiction avec le discours officiel, afin d'obtenir la libération d'otages américains au Liban et de financer secrètement les Contras nicaraguayens.

L'opération Praying Mantis et le Boeing abattu

D'autres événements marquent la fin de la présidence Reagan. En avril 1988, l'opération Praying Mantis (mante religieuse) voit une frégate iranienne coulée dans le golfe Persique en représailles à l'attentat à la mine contre un destroyer de l'US Navy. Puis, en juillet, le croiseur USS Vincennes abat le vol Iran Air 655, tuant 290 passagers dont 66 enfants. L'équipage a confondu un Airbus civil avec un chasseur F-14. Washington ne présentera jamais d'excuses.

Convaincu d'affronter une guerre sur deux fronts, en Irak et contre les États-Unis, Khomeyni accepte le cessez-le-feu avec l'Irak. Il compare cet acte au fait de "boire du poison".

Du dégel Clinton à la pression maximale de Trump

Sous Bill Clinton, l'élection du président Khatami en 1997 ouvre une fenêtre d'apaisement. Dans une interview sur CNN, ce dernier exprime son admiration pour "l'essence de la civilisation américaine", cite Lincoln et propose un "dialogue entre les civilisations". La secrétaire d'État Madeleine Albright reconnaît publiquement le rôle américain dans le coup d'État de 1953 contre le premier ministre Mossadegh.

Mais le dégel s'arrête là. George Bush fils se consacre avant tout à traquer Oussama Ben Laden en Afghanistan, puis Saddam Hussein lors de la seconde guerre du Golfe. Barack Obama, élu en 2008, combine la carotte et le bâton : sanctions contre le pétrole iranien, gel d'avoirs, déconnexion de l'Iran du réseau SWIFT.

En 2013, une opération conjointe américano-israélienne détruit un millier de centrifugeuses à Natanz grâce à un virus introduit dans le logiciel iranien. La même année, l'élection du président réformateur Hassan Rohani débloque un peu le processus : Obama et lui s'appellent pendant quinze minutes, premier contact présidentiel direct depuis 1979. Puis, le 14 juillet 2015, est signé l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA).

Le retour de Trump et l'escalade récente

En mai 2018, Donald Trump déchire l'accord et lance sa politique de "pression maximale". Les exportations pétrolières iraniennes s'effondrent sous les 500 000 barils par jour. Mais les sanctions américaines accélèrent la fuite en avant nucléaire de l'Iran, qui reprend l'enrichissement de son uranium.

En janvier 2020, un drone Reaper pulvérise le convoi du général Qassem Soleimani en Irak. L'Iran riposte symboliquement en tirant des missiles sur une base américaine en Irak sans faire de blessés. Joe Biden, élu en 2020, promet de revenir dans l'accord JCPOA mais n'y parvient jamais malgré huit cycles de négociations.

Avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche voilà un peu plus d'un an, s'ouvre une nouvelle phase marquée par la collaboration militaire étroite entre les États-Unis et Israël, décrit comme "l'allié modèle" dans la récente Stratégie de défense nationale du Pentagone.

À la guerre des Douze jours entre Israël et l'Iran déclenchée en juin dernier, et immédiatement après, l'opération Midnight Hammer (Marteau de minuit) américaine contre les installations nucléaires iraniennes, suit maintenant l'Operation Epic Fury (fureur épique). Le 45e et 47e président américain espère clore avec elle un chapitre ouvert voilà cinquante ans et entrer dans l'Histoire. Y parviendra-t-il ?