Après plusieurs mois de crise diplomatique, la visite de la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo en Algérie début mai a amorcé la reprise d'une « relation apaisée » entre les deux pays. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin, qui sera à Alger lundi, souhaite désormais avancer sur la situation du journaliste Christophe Gleizes, détenu depuis 2024.
Un geste mémoriel symbolique
Tout un symbole. Le 8 mai dernier, à la demande d'Emmanuel Macron, la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo s'est rendue en Algérie. Non pas pour commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais les massacres lors d'une répression française de manifestations pro-indépendantistes à Sétif, au nord du pays. Cette visite mémorielle doit œuvrer à « restaurer un dialogue efficace », sous-titre alors l'Élysée.
Le lendemain, la ministre établit avec le président algérien une feuille de route pour « intensifier » la coopération entre les deux pays, notamment dans le domaine sécuritaire et de défense. Ce voyage, le deuxième d'un membre du gouvernement français en moins de trois mois, après celui du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez mi-février, a permis de consacrer un dégel des relations entre Paris et Alger.
Il met un terme à la profonde crise déclenchée à l'été 2024 par le soutien apporté par Paris à un plan marocain d'autonomie du Sahara occidental, puis l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal et la mise en examen en avril 2025 d'un agent consulaire algérien.
Macron critique la ligne dure
« Les derniers mois ont causé beaucoup de tort et à l'Algérie et à la France. Et ce n'est pas notre intérêt de poursuivre cette solution et d'avoir quelque posture de politique intérieure », a martelé Emmanuel Macron, le 10 mai. Par passé, il avait déjà reproché le bras de fer avec Alger voulu par la droite et l'extrême droite, à commencer par l'ancien ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau. Le président avait aussi lancé une pique fin avril aux partisans d'une ligne dure, fustigeant « tous les mabouls » qui veulent « se fâcher avec l'Algérie ».
Retour de l'ambassadeur et visites ministérielles
Le 8 mai, l'ambassadeur de France en Algérie a aussi fait son retour : Stéphane Romatet, qui avait été rappelé à Paris en avril 2025 par le président, est de nouveau en poste à Alger. Une ville où se rendra également demain le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, lors d'une visite express visant à « rétablir les relations judiciaires » entre les deux pays. Autre signe de réchauffement : la venue à Paris dans les prochains jours du ministre algérien de l'Intérieur, Saïd Sayoud. « C'est un signal très positif. Une coopération sécuritaire se réinstaure progressivement », salue Laurent Nuñez dans « la Tribune Dimanche ».
Une grâce présidentielle espérée pour Christophe Gleizes
Le réchauffement en cours s'illustre déjà par une « reprise importante » des laissez-passer consulaires pour les expulsions d'individus dangereux. Ce nombre est passé de zéro à « quelques centaines » ces derniers mois. « Crier très fort contre l'Algérie n'avait pas mené à grand-chose », a raillé le ministère de la Justice. Interrogé sur le « rapport de force » avec l'Algérie, prôné par son prédécesseur, Laurent Nuñez a rétorqué que « sur la partie sécuritaire et migratoire, nous sommes obligés de discuter avec l'Algérie ».
Les dossiers à traiter entre les deux pays sont très nombreux : lutte contre le narcotrafic et le terrorisme, questions migratoires, travail mémoriel… Mais le sujet prioritaire, évoqué à chaque rencontre avec les Algériens, est celui de la libération de Christophe Gleizes. Arrêté dans le cadre d'un reportage en mai 2024 en Kabylie, le journaliste a été condamné en appel début décembre à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Le 11 mai, suite à une autorisation algérienne obtenue par Alice Rufo, le détenu a reçu la première visite d'un diplomate français depuis son incarcération.
Lundi, lors de la visite de Gérald Darmanin à Alger, le cas de Christophe Gleizes sera discuté, a assuré le ministère de la Justice, sans en dire davantage. La Chancellerie a effet choisi la discrétion, estimant que « le meilleur moyen de libérer notre compatriote est sans doute de ne pas trop en parler ». Le journaliste n'ayant pas formé de pourvoi en cassation, le gouvernement français espère que cette voie ouvre la porte à « une grâce » présidentielle. « On espère vraiment que d'ici la fin mai, il y aura des développements très positifs pour le retour de Christophe en France », a déclaré la mère du journaliste, Sylvie Godard.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez évoquera aussi la situation de Christophe Gleizes avec son homologue algérien. Interrogé sur la possibilité d'une libération avant la Coupe du Monde de football, qui débute le 11 juin, il s'est montré prudent : « Je n'en sais rien et ne veux pas en parler. Nous gardons espoir. »



