Espagne-Algérie : le dégel diplomatique s'accélère
Après près de deux années de relations glaciales entre Alger et Madrid, un réchauffement notable s'opère depuis plusieurs mois. Les tensions, nées du soutien espagnol au plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental en 2022, semblent désormais s'estomper. Le dossier sahraoui, autrefois source de colère, est aujourd'hui pris en charge par une médiation américaine menée activement.
Une visite officielle pour sceller la réconciliation
Selon les révélations des médias espagnols El Confidencial et The Objective, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares se rendra à Alger durant la dernière semaine de mars. Cette visite marquera sa première en tant que chef de la diplomatie espagnole. L'objectif principal sera de finaliser les préparatifs du prochain sommet bilatéral, qui pourrait se tenir à Alger ou à Madrid, entre le Premier ministre Pedro Sanchez et le président algérien Abdelmadjid Tebboune.
Il est à noter que le président Tebboune n'a jamais effectué de visite officielle en Espagne depuis son entrée en fonction en décembre 2019. En revanche, Pedro Sanchez s'était déplacé à Alger en octobre 2020, témoignant d'une volonté de dialogue malgré les différends.
Coopération renforcée sur la question migratoire
Ces derniers mois, plusieurs rencontres ont été organisées entre responsables algériens et espagnols, notamment entre les ministres de l'Intérieur. En octobre dernier, les ministres Saïd Sayoud et Fernando Grande-Marlaska ont relancé le protocole bilatéral sur la lutte contre l'immigration irrégulière. Ils ont également signé un accord établissant un dispositif d'échange et de comparaison des empreintes digitales et des données biométriques des personnes décédées lors de traversées clandestines de la Méditerranée.
Les données migratoires révèlent l'ampleur du phénomène. De juin à septembre 2025, période propice à la navigation, les îles Baléares ont accueilli deux fois plus de migrants que les îles Canaries, avec 3 900 arrivées contre 1 900. Le nombre d'embarcations a été six fois plus élevé aux Baléares, soulignant l'importance de la coopération avec l'Algérie, point de départ de nombreuses traversées.
Médiation américaine sur le dossier sahraoui
Au-delà des enjeux migratoires, Madrid cherche à renforcer ses relations avec Alger et Rabat simultanément. L'administration Trump a pris en charge la médiation du dossier sahraoui, organisant récemment à l'ambassade américaine de Madrid des discussions secrètes entre Alger, Rabat, Nouakchott et le Front Polisario. Ces pourparlers visent à trouver un accord sur le plan d'autonomie marocain, basé sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l'ONU.
Enjeux énergétiques : l'Algérie, fournisseur clé de l'Espagne
Le rapprochement entre Alger et Madrid est également motivé par des considérations énergétiques, dans un contexte d'incertitude liée à la guerre au Moyen-Orient. Selon l'agence Bloomberg, Madrid et le géant énergétique espagnol Naturgy envisagent d'augmenter les importations de gaz naturel algérien. En 2025, l'Algérie a été le principal fournisseur de gaz de l'Espagne, avec 128 502 GWh, représentant 34,56 % des importations totales.
Plutôt que de rouvrir le gazoduc Maghreb-Europe, fermé en 2021, l'Espagne préfère optimiser le gazoduc Medgaz, qui relie directement l'Algérie au port d'Almería. D'une capacité de 32 millions de mètres cubes par jour, ses flux ont atteint une moyenne de 28 millions en janvier et février 2025. Parallèlement, les exportations algériennes de gaz liquéfié ont bondi de 74 % début mars, atteignant plus de 462 000 tonnes.
Une stratégie à double bénéfice pour Madrid
Ce rapprochement permet à l'Espagne de sécuriser ses approvisionnements en gaz à des prix compétitifs, tout en réduisant sa dépendance énergétique vis-à-vis des États-Unis. Les relations avec Washington se sont en effet tendues après le refus de Pedro Sanchez de s'aligner sur la position de Trump concernant la guerre contre l'Iran. Ainsi, Madrid fait d'une pierre deux coups : renforcer sa sécurité énergétique et consolider sa position diplomatique dans la région.



