Chevalier d'Éon : espion androgyne au service du roi de France
Chevalier d'Éon : espion androgyne du roi

Rares sont les personnages de l'histoire qui ont fait couler autant d'encre que l'énigmatique chevalier d'Éon, dont on s'est souvent demandé s'il était un homme ou une femme. Décédé le 21 mai 1810, ce personnage fascinant a traversé les siècles en laissant derrière lui une aura de mystère et de controverse. Fallait-il que le personnage fût sérieusement androgyne, transgenre avant la lettre, pour avoir permis une telle ambiguïté ! Outre l'apparence physique, ses géniteurs l'avaient prédisposé à cet état de fait en lui attribuant autant de prénoms masculins que féminins, puisqu'il se nommait Charles-Geneviève-Louise-Auguste-Timothée d'Éon de Beaumont (1728-1810). Ayant le choix entre une carrière ecclésiastique et une carrière militaire (il fut tout de même capitaine de dragons), comme la plupart des aristocrates de son temps, il opta pour une profession encore balbutiante mais pleine d'avenir : l'espionnage.

Un redoutable agent secret

Sa première mission fut d'aller à Saint-Pétersbourg, déguisé en femme, pour occuper le poste de lectrice de Catherine de Russie (l'élite russe de l'époque étant très éprise de culture française), afin de gagner sa confiance, et favoriser ainsi une alliance franco-russe. Mission accomplie, et réussie, à la suite de quoi le chevalier d'Éon retourna à Saint-Pétersbourg, en homme cette fois, et se faisant passer pour le frère du personnage féminin qu'il avait incarné quelques mois plus tôt.

Mission en Angleterre

Mission suivante, l'Angleterre, avec laquelle la France était en froid depuis le traité de Paris (1763), qui mettait fin à la Guerre de Sept ans, mais dans des conditions humiliantes et ruineuses pour notre pays. Voilà donc le chevalier reçu à la Cour de Londres, d'autant mieux qu'il était l'intime de la reine Sophie-Charlotte qui avait été sa maîtresse avant d'épouser le roi Georges III. Cette intimité se révéla si peu discrète que le monarque britannique en prit ombrage et soupçonna le chevalier d'être le père du Dauphin. Pour ajouter de l'huile sur le feu, le jeune garçon traitait le roi avec le plus grand mépris, et passait le plus clair de son temps avec ce Français si plein de charme, si brillant, et parfait escrimeur de surcroît.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Au bord de l'incident diplomatique

Pour couper court à cette situation vénéneuse, la reine Sophie-Charlotte entreprit de convaincre son époux que le chevalier était une femme. Mais Georges III restait sceptique, et l'intrusion de ce curieux personnage dans l'intimité royale était en train d'envenimer les relations, déjà houleuses, entre Paris et Londres. Louis XV dut s'en mêler, et adressa une missive au roi d'Angleterre pour confirmer les allégations de Sophie-Charlotte, sans pour autant parvenir à apaiser les soupçons du mari bafoué. Tant et si bien qu'on frôlait l'incident diplomatique, qui pouvait déboucher sur le déclenchement d'un nouveau conflit de part et d'autre de la Manche.

L'intervention du duc d'Aiguillon

Essorée par les sept années de luttes qui l'avaient opposée à la coalition anglo-prussienne, la France ne pouvait se permettre d'entrer de nouveau en guerre. C'est alors qu'intervint le duc d'Aiguillon, ministre des Affaires étrangères. Il rappela à Paris, de toute urgence, le chevalier d'Éon, lui intima l'ordre de cesser toute relation avec la reine et de se montrer plus discret dans sa mission d'espionnage. En outre, ajouta le ministre : « J'exige, désormais, que vous ne paraissiez plus qu'en robe, afin que le roi d'Angleterre soit persuadé que vous êtes réellement une femme ! » Le duc d'Aiguillon était alors au faîte de sa puissance, et son autorité ne se discutait pas, et l'imprudent dut se soumettre.

Retour à la vie ambiguë

Mais trois années après, Louis XV décédait prématurément. Le duc d'Aiguillon, disgracié, était renvoyé sur ses terres, et le chevalier d'Éon, reprenant ses anciennes habitudes, continua de paraître, tantôt sous l'aspect d'un homme, tantôt sous celui d'une femme, contribuant ainsi à consolider sa légende sulfureuse.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale