« La Détention » : un documentaire sur la prison sélectionné à Cannes
« La Détention » : un doc sur la prison à Cannes

Le documentaire présenté ce mardi soir à 20 heures fait partie des neuf films sélectionnés par l'Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (Acid) à Cannes. Nous sommes allés à la rencontre de son réalisateur Guillaume Massart.

Pourquoi un film sur la prison ?

« La Détention » aborde le thème de la prison. Pourquoi cibler le milieu carcéral ? Comment fonctionne la prison ? Pour quelles raisons cette institution serait une évidence ? « Je me pose ces questions depuis que je suis enfant », confie le réalisateur. Il les avait déjà abordées dans son film précédent, « La Liberté », tourné en 2019 dans la prison corse de Casabianda. « Lors du tournage, j'avais pu parler aux détenus, mais le personnel était soumis à un droit de réserve. Je n'ai pas compris tout ce que je cherchais à comprendre et suis resté un peu frustré. »

Quelques mois plus tard, des membres de l'École nationale d'administration pénitentiaire (Enap) ont assisté à une présentation de son film au cinéma Les Montreurs d'images à Agen. Ils lui ont proposé de visiter leur école. Le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) a ensuite permis de financer une seconde visite d'observation. « J'ai constaté que ces élèves étaient disposés à me parler sans réserve. Ils partaient de zéro, comme moi, et comme le spectateur. Je me suis dit qu'en en faisant un film, on pourrait apprendre, et se poser des questions, ensemble. »

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Six mois de formation filmés

Guillaume Massart a suivi pendant six mois la formation pénitentiaire qu'il a filmée. « J'ai intégré un groupe de 20 personnes pendant six mois. Elles faisaient partie de la promotion 218 de l'Enap. Sur le plateau, j'ai essayé de m'effacer le plus possible : on n'était que deux, l'équipe étant composée de Pierre Bompy, mon ingénieur son, et moi à la caméra. J'étais à l'affût de ce qui allait se produire, des questions posées par les formateurs. Ce ne sont pas des acteurs. Je ne savais pas qui allait parler, ni ce qui allait se dire. J'étais moi-même un spectateur. Parfois, je regardais aussi ceux qui ne disaient rien, pour saisir l'émotion de leur visage. »

Sa démarche est avant tout humaine. « J'ai noué des liens avec les élèves, je les ai vus évoluer au fil du temps, se décourager, se remotiver, se questionner. » « La Détention » est un documentaire d'observation, où la prison est un hors-champ permanent. L'Enap est la seule unité de lieu du film. Pourtant, sa portée est bien plus large : les agents pénitentiaires qui y séjournent illustrent la diversité des prisons françaises. « La prison n'est racontée qu'à travers le reflet de ces paroles d'instructeurs et d'élèves. C'est ce qui fait la richesse de ce film. »

Une sélection à Cannes par l'Acid

Le film fait partie des neuf sélectionnés à Cannes par l'Acid. « Je suis soulagé. « La Détention » est un documentaire de plus de deux heures, sans musique. Il exige une grande attention de la part du spectateur, et le grand écran, ça aide. Et puis, pour un documentaire d'observation, c'est tellement rare. Le genre n'est pas nouveau, mais il n'est pas beaucoup représenté. Je suis ému par cette nomination, qui donne vie à six ans de travail. Si tout va bien, le film sera disponible au cinéma début 2027. J'ai hâte de rencontrer les spectateurs à la fin des projections pour partager mes interrogations avec eux : susciter la réflexion est une victoire à mes yeux. »

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