Cannes 2026 : « Autofiction » d'Almodóvar, un autoportrait froid et cérébral
Cannes 2026 : « Autofiction » d'Almodóvar, un autoportrait froid

« Autofiction » de Pedro Almodóvar : un autoportrait froid et cérébral

Avec son nouveau long-métrage présenté à Cannes et en salles ce mercredi, le cinéaste espagnol star livre un autoportrait froid et cérébral. Une œuvre distante, sauvée in extremis par la beauté envoûtante de ses plans tournés à Lanzarote.

Une introspection labyrinthique

Chez Almodóvar, l’autofiction a toujours été là, tapie derrière les rideaux rouges, les mères blessées, les morts qui nous hantent et les passions dévorantes. Mais avec Autofiction, le cinéaste espagnol pousse le principe jusqu’au vertige. Raúl Rossetti (Leonardo Sbaraglia), scénariste réalisateur en panne d’inspiration, s’empare de la vie de Mónica (Aitana Sánchez-Gijón), son assistante depuis vingt ans, pour écrire son prochain film ; et celui d’Elsa (Bárbara Lennie), réalisatrice elle aussi, et double de fiction de Raúl. Comme des poupées russes sous anxiolytiques, éclairées à la lampe rouge almodovarienne. À force de miroirs, le reflet finit pourtant par tourner un peu à vide. Car il faut bien le dire : malgré ses fulgurances visuelles, Autofiction laisse parfois une impression d’ennui poli. Une introspection labyrinthique, souvent froide et cérébrale, où l’émotion semble prisonnière du dispositif. De quoi transformer le film en « Almodortoir » pour une partie du public cannois.

Prolongement crépusculaire de Douleur et gloire

Les amateurs de l’Almodóvar pop et incandescent de Volver, Tout sur ma mère ou Parle avec elle risquent de rester à la porte. Ici, pas de mélodrame flamboyant ni de personnages hauts en couleur, mais un journal intime filmé, presque un autoportrait déguisé du réalisateur. Ceux qui avaient apprécié Douleur et Gloire pourront y voir une sorte de prolongement crépusculaire, explorant encore l’usure du désir de créer, la solitude de l’artiste et ce besoin presque maladif de transformer sa propre vie en matériau de cinéma. En moins inspiré et qui finit par tourner au seul ego trip.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une maîtrise visuelle indéniable

Reste ce que le cinéaste, qui tente une énième fois sa chance en compétition à Cannes, maîtrise infiniment bien : l’image. Les couleurs saturées, les compositions ultra-travaillées, cette sensualité mélancolique qui imprègne chaque plan. Et surtout ces superbes séquences tournées à Lanzarote, entre noirs volcaniques et lumière minérale, qui donnent immédiatement envie de réserver un billet pour l’île espagnole.

Visuellement somptueux, émotionnellement plus distant, Autofiction ressemble finalement à un carnet secret laissé entrouvert : fascinant par instants, mais parfois si absorbé par lui-même qu’il oublie de nous tendre la main. En salles ce mercredi 20 mai. Notre avis : 2/5.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale