L’Arménie, qui entretenait jusqu’alors de bonnes relations avec l’Union européenne autant qu’avec Moscou, se trouve désormais prise entre deux feux diplomatiques. La Russie multiplie les signaux de pression à son égard à quelques jours d’élections législatives arméniennes. Entre rappel d’ambassadeur, restrictions commerciales, injonctions politiques et menaces d’un « scénario ukrainien », 20 Minutes fait le point sur ces tensions.
Un ambassadeur rappelé
Le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé samedi le rappel de son ambassadeur Sergueï Kopyrkin pour « consultations », jugeant les démarches de rapprochement entre Erevan et l’UE comme « sapant la coopération au sein de l’Union économique eurasiatique » (UEE), pilotée par Moscou. Ce rappel est intervenu au lendemain d’une sortie musclée de Vladimir Poutine au Kazakhstan, où il a averti que le « scénario ukrainien » avait précisément débuté avec la tentative de Kiev d’adhérer à l’UE. Une menace à peine voilée adressée à l’Arménie.
Des restrictions économiques
Sur le plan économique, Moscou a annoncé des restrictions à l’importation de produits agricoles, notamment maraîchers, arméniens à partir du 30 mai, invoquant des violations phytosanitaires. Ce lundi s’est ajoutée l’interdiction des produits de la pêche, un secteur dont 30 % des exportations sont destinées au marché russe. Ces mesures rappellent les rétorsions similaires déjà employées contre la Moldavie ou la Géorgie lors de leurs rapprochements avec l’Occident. La Commission européenne a dénoncé ces restrictions ce lundi, y voyant une tentative russe de « nuire à l’économie de l’Arménie et d’influencer le résultat des élections législatives ».
Poutine réclame un référendum, Pachinian refuse
Vladimir Poutine a posé les termes du débat sans détour : l’Arménie doit choisir. Le maître du Kremlin a estimé « impossible de concilier » adhésion à l’UE et maintien au sein de l’UEE. Dans une déclaration commune, les présidents russe, bélarusse, kazakh et kirghiz ont appelé ce vendredi l’Arménie à « organiser au plus vite un référendum national » sur cette question. Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a rejeté cet appel ce lundi, jugeant « illogique » d’organiser un tel vote tant que l’Arménie n’aura pas officiellement déposé sa candidature à l’UE. Tout en reconnaissant que les relations arméno-russes traversent « une phase de transformation », il a assuré vouloir construire de « nouvelles relations » avec Moscou, « ouvertes et sincères ».
Sommet européen à Erevan et soutien de Trump
En mai, le pays a accueilli pour la première fois un sommet européen, l’UE saluant un « bond en avant » dans leurs relations. Donald Trump a apporté cette semaine son soutien « complet et total » à Pachinian, annonçant un corridor baptisé « La route de Trump pour la paix et la prospérité internationale » reliant l’Arménie à certaines régions d’Azerbaïdjan. Ce rapprochement avec l’Occident peut être vu comme faisant suite à la conquête militaire du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan en 2023, en dépit de la présence d’une force d’interposition russe. Depuis, l’Arménie a suspendu sa participation au pacte de sécurité régional lié à la Russie.
Des élections clivantes
Les Arméniens votent le 7 juin pour des législatives qui valent référendum sur la ligne géopolitique de Pachinian. Son parti est donné en tête, mais loin d’être dominant. Son principal adversaire, l’homme d’affaires russo-arménien Samvel Karapetyan, met en garde contre toute « ruée imprudente » vers l’Occident. La Russie reste pourtant un partenaire structurellement incontournable : premier partenaire commercial, fournisseur d’énergie et d’armements, elle héberge une base militaire sur le sol arménien. Moscou a d’ailleurs prévenu qu’elle envisageait de « suspendre » un accord sur la livraison de gaz et de produits pétroliers si Erevan poursuivait son processus d’adhésion à l’UE.



