Le rôle joué par l'Allemagne pour rassembler les soutiens derrière l'Ukraine et ses liens étroits avec Israël pourraient lui avoir coûté un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. C'est ce qu'a déclaré mercredi 3 juin le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, après que l'Allemagne (avec 104 votes) a échoué à obtenir une place au Conseil de sécurité pour la période 2027-2028, battue par le Portugal (134) et l'Autriche (131).
Ces deux pays remplaceront le 1er janvier prochain le Danemark et la Grèce comme membres d'Europe occidentale non permanents, aux côtés du Zimbabwe, de Trinité-et-Tobago et du Kirghizistan, choisis ce même jour pour leur région respective. Le Conseil de sécurité est composé de cinq membres permanents et de dix membres non permanents, dont les mandats sont renouvelés à moitié chaque année.
Un revers diplomatique pour Berlin
Depuis des décennies, l'Allemagne parvenait à obtenir tous les huit ans l'un des sièges non permanents du Conseil de sécurité réservés à l'Europe occidentale. Avant le vote de mercredi, Johann Wadephul avait mené une intense campagne de lobbying, défendant personnellement la candidature allemande auprès d'environ 80 ministres et ambassadeurs à travers le monde. Il s'agit donc d'un revers de taille pour le gouvernement — déjà en difficulté — du chancelier Friedrich Merz.
L'Allemagne blâme la Russie
Le leader allemand voulait justement placer son pays parmi les voix qui portent sur les questions mondiales. Pour son gouvernement, l'Allemagne est aujourd'hui écartée, notamment par la Russie, pour avoir assumé ses positions. « Nous avons toujours pris des positions claires sur certains sujets, et ce sont des positions que ne partagent pas tous les États membres », a affirmé mercredi Johann Wadephul, ajoutant qu'il n'était « pas un secret » que la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, avait attisé un ressentiment à l'encontre de l'Allemagne.
« Il y a notre ferme soutien à l'Ukraine. La Russie ne veut pas d'une telle voix au Conseil de sécurité », a poursuivi le chef de la diplomatie allemande. L'intéressée n'a pas réagi dans l'immédiat aux accusations allemandes, selon lesquelles elle aurait fait campagne contre Berlin.
Le soutien à Israël en cause
« Le fait que l'Allemagne doive toujours assumer une responsabilité particulière à l'égard d'Israël dans le conflit au Moyen-Orient pourrait aussi avoir coûté des voix », a également déclaré Johann Wadephul. Berlin, l'un des soutiens politiques historiques de l'État hébreu depuis l'Holocauste nazi, s'est à plusieurs reprises retrouvée sous pression pour adopter une position plus ferme à son égard.
Friedrich Merz encore plus fragilisé en Allemagne
Cette défaite, en plus d'être un revers diplomatique, risque aussi d'alimenter les critiques internes visant un Friedrich Merz déjà impopulaire et politiquement affaibli. En difficulté en Allemagne, où la coalition gouvernementale a été minée par des désaccords sur un ensemble de mesures économiques et fiscales, le chancelier avait notamment fait campagne sur la promesse de restaurer le rôle de leadership de l'Allemagne en Europe.
Friedrich Merz jouit d'un certain respect en matière de politique étrangère, notamment pour ses démarches de soutien à l'Ukraine. Le vote de l'ONU lui assène donc une « défaite embarrassante », ont déclaré les Verts, imputant cet échec au chancelier et à son ministre des Affaires étrangères. « Le gouvernement allemand a fait bien trop peu l'an dernier pour étayer cette candidature avec des idées modernes », a déclaré Agnieszka Brugger, vice-présidente du groupe des Verts au Parlement allemand, dans un communiqué.
L'Alternative pour l'Allemagne (AfD), formation d'extrême droite qui critique régulièrement le soutien de Berlin à l'Ukraine ainsi que ses efforts pour isoler la Russie, a de son côté estimé que ce résultat n'avait rien d'accidentel. Il s'agit plutôt, selon elle, « du résultat d'années d'une politique étrangère idéologiquement aveugle et irréaliste qui isole l'Allemagne sur la scène internationale », a déclaré dans un communiqué Markus Frohnmaier, député de l'AfD ayant participé mercredi à un forum économique organisé par Vladimir Poutine.
Dans un communiqué distinct, Friedrich Merz a quant à lui admis sa déception, tout en félicitant l'Autriche et le Portugal. « Nous n'avons pas atteint notre objectif », a reconnu le chancelier allemand. Mais « ce résultat ne change rien aux responsabilités qui nous incombent aux Nations unies, a-t-il conclu. L'Allemagne demeure un pilier fiable du système multilatéral ».



