Une usine de drones navals bientôt implantée à Ollioules
SeaOwl Technology Solutions (STS), société spécialisée dans les bateaux téléopérés et autonomes, s'apprête à réaliser un investissement majeur de 10 millions d'euros sur la commune d'Ollioules. Ce projet ambitieux concerne la construction d'une usine dédiée à la production de drones de surface, avec une livraison prévue pour l'année 2028. Cette initiative marque une étape significative dans la transformation de STS, qui évolue d'une entreprise d'ingénierie vers une véritable entité industrielle.
Un projet structurant pour le territoire varois
L'usine, qui sera située à proximité du Technopole de la Mer à Ollioules, occupera une surface de 3 000 m² répartis sur deux niveaux. Mathieu Glade, directeur général de STS, précise les prochaines étapes : « L'objectif est de déposer le permis de construire cet été. Le chantier devrait commencer début 2027, pour une livraison en 2028 ». Cette décision fait suite à une résolution du conseil d'administration du groupe en février dernier, confirmant l'engagement ferme de l'entreprise dans ce projet industriel.
Contrairement à un chantier naval traditionnel, STS se positionne comme un intégrateur spécialisé. « On est un intégrateur, pas un chantier naval. On ne fabriquera donc pas les vecteurs dans notre future usine, mais on les dronisera », explique Mathieu Glade. Cette approche innovante permet à l'entreprise de se concentrer sur la valeur ajoutée technologique tout en collaborant avec des partenaires pour la construction des coques.
Une croissance maîtrisée après une période difficile
La société affiche une santé financière robuste malgré les défis rencontrés. « Après la période Covid qui a été très complexe pour nous, le chiffre d'affaires de STS a été multiplié par quatre au cours des cinq dernières années, pour atteindre les 10 millions d'euros aujourd'hui », révèle le directeur général. Cette progression impressionnante s'accompagne d'une approche prudente : « On grandit certes, mais avec prudence. On ne prend pas de risques inconsidérés ».
Les origines de STS remontent à une expérimentation pionnière réalisée depuis les locaux de l'école Polytechnique à Palaiseau, où l'entreprise manœuvrait à distance un navire situé dans la rade de Toulon. Cette première mondiale, réalisée il y a six ans, a permis à STS d'obtenir le premier permis de navigation pour un navire téléopéré et de démontrer que cette technologie était au moins aussi sûre qu'un navire habité.
Des applications civiles et militaires diversifiées
Les activités de STS couvrent désormais un large spectre d'applications :
- Pour le client Abu Dhabi National Oil Company, STS réalise actuellement deux bateaux de 60 m de long sur 15 m de large, en construction en Malaisie et devant être opérationnels début 2028
- La société a développé des drones INSPEAR (Innovative Nautical Safety & Protection by Enhanced Autonomous Reconnaissance) pour la surveillance des champs pétroliers offshore au Nigeria
- Les drones Beluga, testés pour la sécurisation des eaux militaires du port de Toulon, peuvent réaliser des missions d'interdiction de zone grâce à des effecteurs comme des canons à eau ou à son
- STS a également créé les Tracus (Training for asymmetric countermeasure), de petits drones évoluant en essaim pour entraîner les équipages de la Marine nationale
« Ce sont des drones de surveillance et d'intervention adaptés aussi bien à des applications militaires que civiles. On pourrait très bien les utiliser par exemple comme guard vessel pour patrouiller dans les champs éoliens offshore », détaille Mathieu Glade. La future usine d'Ollioules permettra l'intégration de l'ensemble de ces drones de surface, y compris les systèmes de téléopération pour grands navires.
Perspectives de développement et recrutements
STS nourrit de grandes ambitions pour l'avenir. L'entreprise espère que son drone Nemezis fera partie des trois finalistes du projet DANAE (Drone de surface autonome naval avec capacité d'armement embarqué), qui vise à fournir à la Marine nationale des drones capables d'assurer la protection portuaire et l'escorte de navires.
Cette diversification des produits s'accompagne d'une croissance significative des effectifs. « Il y a cinq ans, STS ne comptait qu'une quinzaine d'ingénieurs. Aujourd'hui, ils sont une soixantaine ! Et d'ici 15 à 18 mois, vingt de plus nous auront rejoints », annonce Mathieu Glade, qui ne tarit pas d'éloges sur son équipe, qualifiée de « la meilleure que je n'ai jamais eue ».
Les nouveaux locaux d'Ollioules permettront d'accueillir cette hausse programmée des effectifs dans des conditions optimales, renforçant ainsi l'ancrage territorial de cette entreprise innovante au cœur du bassin toulonnais. Ce projet industriel s'inscrit pleinement dans la dynamique de réindustrialisation de la France, démontrant que certaines entreprises passent des paroles aux actes concrets.



