Mykhaïlo Fedorov, ministre ukrainien de la Défense âgé de 35 ans, a présenté sa démission mercredi 15 juillet, trois jours après celle de la Première ministre Ioulia Svyrydenko, dans le cadre du remaniement gouvernemental engagé par le président Volodymyr Zelensky. Cette annonce a provoqué une vague de réactions en Ukraine et déclenché des critiques visant le chef de l'État.
Un bilan contrasté et des réformes inachevées
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Fedorov a déclaré : "Ce fut un grand honneur de servir le peuple ukrainien en tant que ministre de la Défense." Il a dressé un bilan de ses six mois à la tête du ministère, mettant en avant le blocage de l’utilisation des systèmes Starlink par les forces russes en février 2026, les opérations ayant perturbé la logistique militaire russe en Crimée occupée, ainsi qu’une réforme de l’armée qu’il qualifie d’impopulaire mais essentielle. Il travaillait notamment à une meilleure rotation des soldats et une nouvelle politique de gestion des effectifs.
Le ministre sortant a également reconnu les chantiers restés inachevés, cités par Le Kyiv Independent : une transformation en profondeur du ministère de la Défense pour l’aligner sur les standards de l’Otan, une refonte complète du système d’acquisition des équipements militaires, et l’instauration d’une véritable culture de la responsabilité au sein de l’institution.
Un conflit avec le commandant en chef ukrainien
Selon plusieurs parlementaires, le départ de Fedorov s’explique avant tout par ses profondes divergences avec le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Oleksandr Syrskyi. Les désaccords portaient notamment sur les réformes que Fedorov souhaitait engager, en particulier la modernisation du ministère de la Défense. Le 17 juin, Yuriy Hudymenko, vétéran de guerre et président du Conseil public de lutte contre la corruption au sein du ministère de la Défense, évoquait lors d'un entretien au média NV "un conflit entre un jeune technocrate et un général issu d’une école militaire largement post-soviétique".
L’annonce a pris de court jusque dans les rangs de la majorité présidentielle. Lors d’une réunion le 15 juillet avec les députés de son parti Serviteur du peuple, Zelensky a présenté la composition de son futur gouvernement sans reconduire Fedorov. Selon un député présent, s’exprimant sous couvert d’anonymat auprès du Kyiv Independent, la décision a provoqué la stupeur : "Cela ressemble à une trahison", a-t-il martelé, estimant que le chef de l’État prenait un risque politique.
Une mobilisation organisée
Plusieurs appels à un rassemblement pacifique ont émergé sur les réseaux sociaux pour une manifestation prévue ce jeudi matin à Kiev. Les initiateurs dénoncent les remaniements gouvernementaux à répétition et le remplacement de ministres jugés compétents par des personnalités perçues comme plus conciliantes envers le pouvoir.
En parallèle, la succession de Fedorov semble se dessiner. Selon un député du parti présidentiel, toujours sous couvert d’anonymat auprès du Kyiv Independent, le portefeuille de la Défense a été proposé à l’actuel ministre de l’Intérieur, le général Ihor Klymenko. Ancien chef de la Police nationale entre 2019 et 2023, Klymenko avait pris les rênes du ministère de l’Intérieur après la mort de Denys Monastyrsky dans un accident d’hélicoptère. Sa nomination devra être validée par le Parlement ukrainien. Si elle est confirmée, cette désignation marquera un changement de cap à la tête d’un ministère stratégique en pleine guerre.



