Depuis 1999, la France ne fabriquait plus sur son territoire les cartouches utilisées quotidiennement par ses soldats. Un trou de 5,56 millimètres dans la défense française, comblé jusqu'ici par des achats à l'étranger. Pendant près de trente ans, cette situation n'a guère suscité de scandale : les munitions arrivaient, coûtaient moins cher et l'optimisation semblait primer. Le ministère des Armées explique à L'Express : « À la fin de la guerre froide, il y avait énormément d’usines de production de petit calibre dans le monde. Le marché était assez ouvert et on a fait le choix de renoncer à nos capacités industrielles en France parce qu’elles étaient économiquement beaucoup moins viables que ce qu’on trouvait à l’international. » Aucun drapeau sur la boîte, mais la cartouche atteignait sa cible : affaire conclue.
Une dépendance longue de trois décennies
Cette décision, prise à la fin des années 1990, a conduit à l'abandon total de la production nationale de munitions de petit calibre. Les forces armées françaises dépendaient donc entièrement de fournisseurs étrangers pour leurs cartouches de 5,56 mm, un calibre standard pour les fusils d'assaut comme le FAMAS ou le HK416. Le ministère des Armées reconnaît que ce choix était fondé sur des considérations économiques : les usines étrangères proposaient des prix plus compétitifs, rendant la production hexagonale moins viable.
Un changement de cap stratégique
Aujourd'hui, la donne a changé. Le ministère des Armées, dans ses échanges avec L'Express, laisse entendre que la France souhaite relocaliser cette production. Ce retour à une capacité industrielle nationale répond à un besoin de souveraineté et de sécurisation des approvisionnements, dans un contexte géopolitique tendu. La dépendance à des marchés ouverts, où les usines peuvent fermer ou être rachetées par des concurrents, est désormais perçue comme un risque pour la défense nationale.
Un enjeu de souveraineté industrielle
Cette relocalisation s'inscrit dans une réflexion plus large sur les capacités industrielles de défense de la France. Le trou de 5,56 millimètres, longtemps ignoré, devient un symbole des fragilités accumulées pendant des décennies d'optimisation budgétaire. Le ministère des Armées ne donne pas de calendrier précis, mais la volonté est claire : il ne s'agit plus seulement d'acheter moins cher, mais de garantir que les soldats français disposent toujours des munitions nécessaires, où qu'ils soient déployés. La production nationale, si elle est relancée, permettra de réduire la dépendance aux importations et de renforcer l'autonomie stratégique de la France.



