Entre les virus et les conflits, les menaces biologiques et chimiques se font plus pressantes. Entretien avec Ludovic Ouvry, fournisseur d’équipements de protection pour la santé et les armées. À Arcachon s’achève ce jeudi un colloque consacré aux risques nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques. Ludovic Ouvry, le patron du groupe Ouvry, installé à Lyon – 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, 250 emplois – fournit des équipements de protection pour les soignants et les armées.
Les leçons du Covid
Face à l’apparition du hantavirus et au retour du virus Ebola en Afrique, les leçons du Covid ont-elles été tirées ? Selon Ludovic Ouvry, il y a un avant et un après Covid. Désormais, la réponse sanitaire anticipe les crises avec des stocks. En outre, le dialogue entre l’État et les entreprises est beaucoup plus fluide.
Prévention des contaminations
Pour prévenir les risques de contamination, il est essentiel de protéger ceux qui vont au contact des personnes contaminées ainsi que l’établissement qui les accueille. Si l’hôpital et les soignants sont contaminés, ils deviennent inopérants. Il faut donc isoler la victime contaminée et la transporter en sécurité.
Solutions pour les évacuations
Pour des virus comme Ebola, il est impératif de placer la personne dans une enveloppe protectrice afin de ne pas contaminer l’hélicoptère ou l’ambulance. Sans cela, la capacité opérationnelle serait impactée.
Défis des combinaisons de protection
Les secouristes doivent affronter la chaleur dans leurs combinaisons. Si l’on protège l’infirmier avec un sac plastique, il aura tellement chaud qu’il fera de petites ouvertures dans sa tenue, risquant ainsi de se contaminer. C’est pourquoi des solutions physiologiquement tolérantes sont développées : filtrantes avec du charbon actif, respirantes et légères. Les mots-clés sont la masse et l’encombrement. Il ne faut pas que ce soit trop lourd, avec trop de maintenance, ni trop volumineux, sinon cela ne rentrera pas dans l’hélicoptère ou l’ambulance.
Menaces chimiques pour les militaires
Les militaires sont également confrontés aux risques biologiques et chimiques. Avec le chimique, deux scénarios sont envisagés : l’accidentel et l’intentionnel. L’accident concerne une fuite d’agents chimiques industriels connus. L’intentionnel implique une attaque ou un attentat avec toute une gamme de produits comme les Novitchok ou le gaz sarin.
Équipements pour les forces spéciales
Le groupe Ouvry propose aussi des équipements de protection pour les armées et les forces spéciales. Leur objectif est de terminer la mission en milieu contaminé, envoyant un message fort à quiconque voudrait utiliser des agents chimiques de guerre. Même dans ces conditions, l’adversaire peut être neutralisé. C’est de la dissuasion.
Risque nucléaire actualisé
Il y a 40 ans, la centrale de Tchernobyl explosait en Ukraine soviétique. Le risque nucléaire reste une menace d’actualité. Des essais ont été réalisés il y a six ans près de Tchernobyl pour mesurer le niveau de protection de certains équipements. Avec la guerre en Ukraine, les Russes sont retournés à Tchernobyl, mais ils ont creusé des tranchées et miné le terrain, soulevant des poussières radioactives. À l’impératif de décontamination s’ajoute désormais celui du déminage.
Marché ukrainien
L’Ukraine est un marché pour Ouvry. L’entreprise travaille avec des unités ukrainiennes, fournissant des équipements pour protéger leurs équipes de reconnaissance. Entre les conflits mettant en œuvre des agents chimiques et les virus, on observe une accélération. Dans les pays du Golfe, il est désormais courant d’évoquer le risque de retombées radioactives lors de réunions.



