Exail révolutionne la lutte contre les mines sous-marines avec ses drones
Dans les eaux calmes de la baie de La Ciotat, un navire semble ordinaire. Pourtant, l'Inspector 125 est un drone de surface développé par l'entreprise française Exail. Mesurant une douzaine de mètres, il embarque un sonar remorqué T-18, également conçu par Exail. Ce système permet une cartographie en temps réel des fonds marins et la détection de mines sous-marines potentielles, transmettant les données via un câble.
La guerre des mines, une menace renaissante
Le conflit en Ukraine a remis au premier plan la guerre des mines. Face à une marine russe supérieure, l'Ukraine a utilisé avec audace des drones de surface kamikazes et des frappes aériennes. Cette stratégie a contraint les navires russes à rester dans les ports, permettant à l'Ukraine d'exporter son blé via Odessa. Les deux camps ont largement déployé des mines, parfois dérivantes, menaçant la navigation commerciale. Une menace persistante qui pourrait durer des décennies après la fin des hostilités.
Dans cet environnement hostile, l'Inspector 125 excelle par sa capacité à opérer à distance, garantissant la sécurité des équipages. « Pour inspecter les 65 km² de la baie de La Ciotat, une seule journée suffit », explique Jérôme Bendell, directeur du pôle maritime d'Exail. En plus du sonar T-18, ce drone peut embarquer :
- Le Seascan, équipé d'une caméra pour l'identification visuelle des mines.
- Le K-Ster, doté d'une charge explosive capable de détruire les mines jusqu'à 300 mètres de profondeur.
Succès à l'international et ambitions nationales
Ce concept de drones spécialisés a séduit les marines belge et hollandaise. Ils seront déployés depuis douze nouveaux chasseurs de mines, tous livrés avant 2030. Ces navires disposeront de hangars permettant la mise à l'eau simultanée de deux Inspector 125. Paradoxalement, la marine nationale française utilise encore huit chasseurs de mines de classe Tripartite datant des années 1980, alors qu'Exail s'impose sur le marché des drones maritimes.
Avec 2 000 employés sur une vingtaine de sites en France, Exail est reconnue pour ses centrales inertielles permettant la navigation sans satellites, équipant par exemple les frégates grecques et françaises. L'entreprise multiplie les succès commerciaux aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Norvège, en Allemagne et en Corée du Sud, avec un carnet de commandes atteignant un milliard d'euros. « 20 % du chiffre d'affaires est investi dans la recherche et le développement », souligne Thomas Buret, codirecteur général, visant à garder une longueur d'avance sur les concurrents.
Innovations et missions polyvalentes
Exail a récemment réalisé une performance remarquable : faire naviguer en autonomie supervisée son drone transocéanique Drix O-16 de La Ciotat à Lisbonne. Ce périple de 1 100 milles nautiques (2 037 km), réalisé en sept jours, démontre une technologie de pointe où le drone calcule sa trajectoire dix fois par seconde. Selon Thomas Buret, seules deux entreprises au monde, dont Exail, maîtrisent une telle capacité.
Long de 16 mètres et pesant 10,5 tonnes, ce drone peut mener diverses missions civiles et militaires :
- Surveillance maritime et hydrographie.
- Reconnaissance environnementale.
- Appui aux opérations sous-marines.
Avec une autonomie de trente jours en mer agitée, il répond à des enjeux cruciaux, comme la protection des câbles sous-marins, souvent cibles d'actes de malveillance, notamment en mer Baltique.
Fort d'une notoriété internationale, avec 44 % de son chiffre d'affaires dans le secteur civil, Exail ambitionne de renforcer sa présence en France. « Notre légitimité grandit, les autorités nous accordent davantage d'attention. Nous espérons que cela se traduira bientôt par des commandes concrètes de nos systèmes déjà plébiscités à l'export », affirme Thomas Buret. Cette expansion pourrait positionner la France comme un leader dans la technologie des drones maritimes, essentielle pour la sécurité mondiale.



