Herboriste, un métier militant pour la biodiversité dans le Gard
Herboriste : un métier militant pour la biodiversité

Dans la garrigue gardoise, Marion Desray incarne la renaissance d'un métier longtemps interdit. Herboriste depuis 2021, elle cultive et cueille des plantes médicinales sur ses 6,5 hectares à Issirac, perpétuant un savoir-faire ancestral tout en défendant la biodiversité. Pour elle, être herboriste est un acte militant, visant à faire reconnaître officiellement cette profession interdite par le régime de Vichy en 1941.

Une leçon de biodiversité

Suivre Marion Desray dans la garrigue est une véritable immersion dans la diversité végétale. Elle montre le lin de Narbonne, le lin campanulé, deux variétés d'orchidées, et fait écouter le chant de la huppe fasciée. « Il y a une vraie diversité sur ces terres arides, explique-t-elle, sur lesquelles je veux montrer qu'il peut y avoir une activité qui préserve la ressource. » Depuis 2021, elle exploite ses terres avec soin : « Je n'exploite pas, je suis plutôt une artisane du paysage. J'essaie d'avoir le moins d'impact possible. »

Cueillette et transformation artisanale

Marion Desray utilise entre 30 et 40 types de plantes dans ses produits, dont 70 % proviennent de la cueillette sauvage : aubépine, immortelle, sarriette, thym, sureau... Elle cueille également du plantain, du coquelicot ou de l'ortie ailleurs, tandis que la sauge, la réglisse ou la menthe sont cultivées sur sa propriété. La récolte s'étend de fin mars à octobre. Après la cueillette, l'effeuillage peut prendre jusqu'à deux heures, puis les plantes sont séchées dans un séchoir solaire. Enfin, elles sont transformées au laboratoire en infusions, savons, macérats, baumes, sirops, vendus en direct. « Un de mes critères de qualité est de vendre les plantes ramassées dans l'année pour qu'elles aient toujours leurs propriétés médicinales », précise-t-elle.

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Un métier non reconnu depuis 1941

Marion Desray exerce sous le titre de paysanne-herboriste, certification reconnue par l'État depuis septembre 2023. Jusque-là, elle se désignait comme cueilleuse, cultivatrice et transformatrice de plantes. « Je ne pouvais pas trop me nommer », confie-t-elle. La loi de 1941 du régime de Vichy a rendu illégal le métier d'herboriste, exercé majoritairement par des femmes, et supprimé son diplôme. Les professionnels se battent pour faire reconnaître ce savoir-faire. Pour Marion, obtenir ce titre était un acte militant : « Être herboriste, c'est être militante car ça participe à l'autonomisation féminine, à la préservation de savoir-faire anciens féminins et c'est un métier hyper important qui soulage plein de gens à moindre coût. On ne les guérit pas mais on les aide à supporter certains maux. Cela permet aussi de garder ce lien à la nature qu'on perd aujourd'hui. »

Préserver la biodiversité

Sa propriété est labellisée Nature & Progrès, un cahier des charges plus strict que l'agriculture biologique. Elle travaille à mettre ses terres sous obligation réelle environnementale, un dispositif foncier de protection. Dans sa cueillette, elle ne récolte qu'un tiers de ses parcelles pour préserver la biodiversité. Au laboratoire, elle utilise uniquement des huiles d'olive bio et locales pour ses macérats, du miel bio et local pour ses baumes. « Être herboriste, ce n'est pas un métier, assure-t-elle, mais c'est une vie, tout tourne autour. »

Le syndicat mixte des gorges du Gardon propose l'événement « La nature a du goût » avec Marion Desray le mercredi 27 mai à partir de 14h à Issirac. Inscriptions et informations au 04 48 27 01 00.

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