Sentier littoral d'Aytré à Angoulins : un nouveau tracé nécessaire face au recul des falaises
Sentier littoral : nouveau tracé face au recul des falaises

Un sentier fermé mais toujours fréquenté

Fermé depuis plus de deux ans, le sentier littoral entre Aytré et Angoulins devra faire l'objet d'un nouveau tracé. Au vu du recul de la falaise, 25 % du cheminement actuel serait sous les eaux en 2050. Côté Aytré, au nord de la pointe du Chay, le sentier s'enfonce entre deux rangées de genêts en fleurs en suivant la falaise. Tentant, en cette saison où nombre de promeneurs ont des fourmis dans les jambes. Problème, cet itinéraire battu par les vents est interdit d'accès depuis plus de deux ans.

En février 2024, la mairie d'Angoulins-sur-Mer a pris cette décision au vu du danger d'effondrement. Malgré les panneaux qui signalent le péril sur la falaise comme à son pied, le passage ne s'est pas tari. Au vu du grillage piétiné à l'extrémité sud de la plage d'Aytré, les avertissements n'ont pas l'air d'émouvoir les habitués. « On le remet en place très régulièrement. On ne peut qu'appeler à la prudence. Il y a des fissures et des cavités importantes dans la falaise. Ça peut s'écrouler à n'importe quel moment », soupire Jean-Pierre Nivet, le maire d'Angoulins.

Des prévisions alarmantes

Enseignant chercheur au LIENSs (Littoral, environnement et sociétés), un laboratoire CNRS/Université de La Rochelle, spécialiste du retrait côtier sur les falaises, le professeur Jean-Michel Carozza confirme. « Si l'on considère un scénario tendanciel, sans tenir compte de l'élévation du niveau marin, 25 % du tracé actuel du sentier littoral de la pointe du Chay pourrait être parti en 2050. Ce serait plus de 50 % en 2100 », indique le scientifique. Or l'océan monte de plus de quatre millimètres par an en moyenne, un rythme qui va s'accélérant. Ce qui ne peut qu'aggraver à terme les attaques des déferlantes sur le pied de falaise.

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Un recul accéléré

Sur ce poste avancé des terres sur le pertuis d'Antioche, le recul peut osciller par endroits entre vingt centimètres et un mètre par an. Les mesures effectuées dans le passé attestent un emballement du mouvement. Un rapport de stage rendu il y a quinze ans au LIENSs sous la supervision d'Eric Chaumillon, spécialiste du trait de côte lui aussi, évoquait un retrait de quarante mètres depuis la fin du XIXe siècle. « La vitesse de recul s'accélère globalement. De plus, l'intervalle 2006-2010 est caractérisé par une accélération brutale sur l'ensemble des zones », y était-il écrit.

Depuis lors, les houles très énergétiques des hivers 2013-2014 et 2024-2025 ont aggravé les dégâts dans des proportions variables. Le secteur le plus au sud, la pointe de la Barbette, est le plus touché. Le plus au nord, la pointe de la Belette, a mieux résisté. « Mais ce n'est plus la réalité. Maintenant, la zone de la Belette est fortement attaquée », se désole Jean-Pierre Nivet.

Les dangers visibles sur le terrain

Le grignotage de la crête de falaise fait parfois tangenter le sentier avec le bord. Mais c'est en faisant le tour de la pointe du Chay sur l'estran qu'on découvre la dynamique du phénomène. Dans le millefeuille calcaire s'ouvrent de longues brèches verticales. Dans les parties les plus molles ou les plus exposées, l'océan a affouillé la roche et creusé des cavités béantes sur plusieurs mètres sous la crête. Des ligneux restent en équilibre précaire en bord de falaise, une partie de leurs racines pendouillant dans le vide. Des blockhaus et des tranchées sont graduellement mis à nu. Tombé en janvier 2024, un élément de plusieurs tonnes d'un bunker est toujours en place sur le sable.

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Un drame historique rappelle le risque

On chemine dans un chaos de rochers qui se sont immobilisés loin sur l'estran. « On calcule que des blocs peuvent rouler horizontalement sur une distance moyenne qui équivaut à la moitié de la hauteur de la falaise. Cinq mètres pour une falaise de dix mètres », évalue Jean-Michel Carozza. Le danger n'est pas que théorique. Lors de ses recherches, il est tombé sur la chronique d'un drame qui s'est produit sur le site au XIXe siècle. Deux des petits-neveux du célèbre naturaliste Alcide d'Orbigny ont péri, pris dans un éboulement alors qu'ils étaient en quête de fossiles dans la paroi. Comme la falaise d'Yves, l'endroit est connu pour la richesse de ses formations fossiles du Kimméridgien, un étage du Jurassique vieux de 150 millions d'années environ.

C'est la dureté de la roche qui a donné au trident de la pointe du Chay sa forme caractéristique, alors que des marnes plus friables au nord comme au sud reculaient rapidement sous les assauts de l'océan. « Il s'agit d'une falaise très atypique, constituée pour l'essentiel de niveaux coralliens dont la biodiversité était très riche, d'où les nombreux fossiles. Elle est plus argileuse côté sud, à la Barbette, moins résistante et donc plus impactée par le recul », analyse Jean-Michel Carozza.

Vers un nouveau tracé

Pour le scientifique, c'est le perpétuel travail de sape de l'océan qui abat périodiquement des pans de falaise. Les infiltrations d'eau de pluie peuvent également jouer un rôle. Quant au séisme de La Laigne, survenu en juin 2023, il a pu servir de déclencheur sur des éléments rocheux déjà fragilisés mais il n'a pas altéré l'ensemble. Reste maintenant à savoir comment rétablir un cheminement dans un environnement aussi mouvant.

Pour Jean-Pierre Nivet, dont la commune compte 7,5 kilomètres de côte, il n'est pas question de rouvrir un sentier sur un tracé qui serait menacé à son tour d'ici quelques années. « La préfecture nous a donné le feu vert pour envisager la modification de l'itinéraire mais je ne peux pas m'engager sur un calendrier », répond-il. Le dossier est d'autant plus complexe à monter que certains des terrains sont propriété privée, qu'il s'agisse de prairies à fourrage ou de locaux d'habitation. Le Département possède une partie du foncier, dans le cadre de sa politique de préservation des espaces naturels sensibles. Quant à la stratégie locale de gestion de la bande côtière, elle est l'apanage de la communauté d'agglomération de La Rochelle. La CdA a lancé les études il y a un an.

En tout état de cause, ce sera « un tracé piétonnier modeste », selon Jean-Pierre Nivet. Avec une boucle qui empruntera un chemin communal et rejoindra Aytré. Comme le sentier littoral entre Port-Neuf et Chef-de-Baie, à La Rochelle, l'itinéraire n'aura probablement pas vue sur mer sur tous les tronçons. Jusqu'à ce que la mer avance.