Ariane 6 : un lancement sous haute protection militaire en Guyane
Un lancement sous très haute protection. Ce jeudi, depuis le centre spatial de Kourou en Guyane, le sixième lancement d'Ariane 6, premier de l'année, sera effectué dans un créneau compris entre 17h45 et 18h13, heure de Paris. La fusée européenne embarquera pas moins de 32 satellites de la constellation Amazon Leo, renforçant ainsi l'importance stratégique de cette mission.
Une bulle de sécurité militaire permanente
Considérant le site guyanais comme hautement stratégique, chaque tir d'Ariane s'effectue dans un cadre extrêmement sécurisé. Les trois armées françaises créent une véritable « bulle de sécurité » autour du centre spatial, avant et pendant chaque lancement. Cette protection ne se limite pas aux seuls événements de lancement.
« Que ce soit en métropole ou en Outre-Mer, il existe, tout au long de l'année, une posture permanente de sûreté aérienne, qui repose sur des radars, des avions de chasse et des hélicoptères avec des tireurs embarqués », rappelle le colonel Hervé, de la Brigade aérienne de la Posture permanente de sûreté (BAPPS). Ce dispositif surveille l'ensemble du ciel français 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Le dispositif particulier de sûreté aérienne « Mission Titan »
Lors d'événements sensibles comme les lancements d'Ariane, les forces armées renforcent considérablement ce dispositif. « Nous créons des bulles de protection autour du site en question, avec des zones de survol interdites, et nous augmentons tous nos moyens de détection - avec des radars supplémentaires, des caméras infrarouges et des guetteurs à vue - ainsi que nos moyens d'intervention », explique le colonel Hervé. On appelle cela les « DPSA », dispositifs particuliers de sûreté aérienne.
Chaque tir d'Ariane donne lieu à un DPSA spécifique, intitulé « Mission Titan », assuré par les Forces armées en Guyane (FAG). Ce dispositif peut être déclenché « jusqu'à quarante-huit heures avant le tir, en fonction de la configuration du lancement », précise la lieutenant-colonel Julie, pilote d'hélicoptère, qui a elle-même déjà été affectée à la surveillance du centre de Kourou.
Hélicoptères en alerte et moyens d'intervention
Deux hélicoptères, généralement des Fennec équipés de tireurs embarqués, sont déployés depuis la base aérienne 367 de Cayenne. « Pendant tout le DPSA, les hélicoptères sont en alerte au sol, avec un préavis très court », poursuit la lieutenant-colonel Julie. « Environ 30 minutes avant le départ de la fusée, ils sont en alerte en vol, pour être encore plus réactifs. Ils se placent alors de chaque côté du centre spatial pour être en mesure de contrer la menace, d'où qu'elle vienne. »
Le centre spatial et ses abords immédiats deviennent alors strictement interdits de survol, avec une zone de restriction qui s'étend jusqu'à 40 kilomètres autour du site. « La mission première des hélicoptères est d'abord de faire du renseignement, c'est-à-dire de détecter une potentielle menace, le plus tôt possible, pour l'intercepter avant qu'elle ne pénètre dans les zones interdites », ajoute le colonel Hervé.
Échelle graduée d'intervention jusqu'aux tirs de destruction
Si un intrus était détecté, les forces armées procèdent d'abord à sa caractérisation. « Est-ce un aéronef civil, militaire ? A-t-il des emports sous les ailes ? Des caméras ? On irait dans un premier temps interroger le pilote via la radio, et s'il ne répond pas, les hélicoptères iraient à sa rencontre pour lui faire passer des messages, notamment à l'aide de panneaux visuels », détaille le militaire.
Si ces mesures s'avéraient insuffisantes, « nous pourrions le contraindre à se poser, voire effectuer des tirs de semonce, et, mesure ultime, des tirs de destruction, s'il se montrait vraiment hostile ». Les tireurs embarqués à bord des hélicoptères sont équipés de fusils de précision, mais aussi de fusils brouilleurs dans le cadre de la lutte anti-drones (LAD). Au sol, des guetteurs à vue sont également armés de ces fusils brouilleurs.
« On traite tout le spectre de la menace aérienne, qui va du mini-drone à l'aéronef volant jusqu'à une dizaine de kilomètres d'altitude », précise le colonel Hervé.
Déploiement terrestre et naval complémentaire
Au sol, plusieurs batteries antiaériennes Mistral sont également déployées, cette fois-ci par l'armée de Terre. Intégrées dans la chaîne d'engagement, elles sont disposées sur le site du centre spatial et dans ses environs. Ce système de très courte portée peut atteindre des avions volant jusqu'à Mach 1,2, entre 10 mètres et 3.000 mètres d'altitude, ainsi que des hélicoptères en mouvement ou en vol stationnaire.
La Marine nationale est également impliquée dans ce dispositif de protection, avec deux bâtiments positionnés en mer pour assurer une surveillance complémentaire.
Renforcement supplémentaire pour les lancements sensibles
Si tous les lancements de fusée à Kourou sont considérés comme sensibles et donc protégés, quelle que soit la charge utile embarquée, « lors de lancements dits sensibles, c'est le cas avec des satellites militaires, nous pouvons encore renforcer le niveau de protection du centre spatial guyanais », ajoute le colonel Hervé.
« Nous faisons alors venir depuis la métropole des avions chasseurs, accompagnés par des avions ravitailleurs MRTT, et éventuellement un avion radar E3F [Awacs] », précise-t-il. Cela a été le cas lors du lancement inaugural d'Ariane 6, à travers l'opération Bubo 25, qui a vu trois avions Rafale compléter le dispositif Titan.
Quelques minutes seulement après le décollage de la fusée, « le dispositif est levé, car nous considérons qu'il n'y a alors plus de menace aérienne pouvant l'atteindre ». Jusqu'à présent, aucun incident de ce type n'est venu perturber les lancements d'Ariane, témoignant de l'efficacité de ce dispositif de protection militaire complet et multiforme.