Au camp des Garrigues, près de Nîmes, les légionnaires du 2e Régiment étranger d'infanterie (2e REI) répètent les gestes d'un combat transformé par les drones, la dispersion des unités et le retour des tranchées. Cette adaptation s'appuie sur les enseignements du front ukrainien, rapportés par les compagnies qui ont échangé avec les combattants de Pologne.
Un stage inspiré du front ukrainien
Un vrombissement fend le ciel. En contrebas, trois légionnaires épaulent leur arme. La cible est petite, rapide, mouvante. Ici, le drone n'est plus un objet lointain : c'est une menace moderne qu'il faut apprendre autant à combattre qu'à maîtriser. Sur un champ de tir du camp des Garrigues, le soleil écrase le terrain. Les légionnaires du 2e REI sont déjà en tenue, armés et équipés. Par groupe de trois, ils prennent position. Un drone d'observation s'élève et tracte une cible en carton à l'effigie d'un drone de combat. Les armes claquent. Les rafales résonnent sur le centre de tir.
« Quand vous tirez au HK sur une petite cible mobile, rapide et dans les airs, c'est quand même assez compliqué. Nous essayons d'innover sur l'accessoire, sur l'équipement et sur l'armement le plus efficace pour détruire ces drones », explique le capitaine Da Silva. Dans cet atelier, la première compagnie transmet à la deuxième les savoir-faire rapportés de Pologne et des échanges avec les combattants ukrainiens. « Chaque compagnie passe entre nos mains pendant une semaine », précise le capitaine Louis Marie, qui commande la première compagnie de combat.
Dans le ventre des tranchées
L'après-midi, changement de décor. Direction les tranchées. Ici, les murs de terre avalent les bruits du camp. Une enceinte diffuse des sons de bataille. Fumigènes, fausses mines, silhouettes : tout est pensé pour le réalisme et pour faire monter la pression. Par quatre, les légionnaires s'engouffrent dans les boyaux. Avant eux, un drone inspecte le terrain. Il cherche le danger, ouvre les yeux de ceux qui vont entrer. « Après la menace détectée, on envoie notre équipe de reconnaissance », détaille l'adjudant Roberto, chef d'initiation aux combats.
Le parcours devient alors une succession de réflexes : progresser, observer, identifier, tirer, continuer. Les munitions marquantes permettent de travailler avec un impact réel sans être létales. Car la tranchée n'est pas seulement un lieu où on combat. Il faut aussi y vivre, s'y déplacer, s'y protéger. Trois réseaux ont été construits sur le site, dans des configurations différentes. Ils sont appelés à être encore allongés, densifiés et complexifiés.
Plus loin les uns des autres
Dans cette nouvelle guerre, le danger impose aussi la distance. « Face à toutes ces nouvelles menaces sur le champ de bataille, on doit apprendre à prendre plus de distance entre nous », explique le capitaine Louis Marie. Mais s'éloigner ne signifie pas combattre seul. Téléphones, drones, systèmes de cartographie et réseaux hybrides doivent permettre aux hommes de garder le contact sans se rendre trop visibles. Une position, une information, une menace : les données doivent circuler vite. Des drones d'observation sont envoyés en reconnaissance dans les tranchées.
Le stage comprend aussi un volet consacré au secourisme au contact. Car lorsqu'une unité est isolée, elle ne peut pas attendre que quelqu'un vienne à elle. Elle doit savoir soigner, se réorganiser et poursuivre la mission. Au milieu de nouvelles technologies, une certitude demeure. « L'humain est irremplaçable parce que les drones ne font pas tout », rappelle le colonel Nathanaël Ponticelli, chef de corps du 2e REI. Dans le vacarme, le camouflage devenu difficile et la menace venue du ciel, il reste la capacité à tenir. « Les forces morales, les capacités à tenir le choc, à être solide dans l'effort, c'est extrêmement important et c'est dans l'ADN de la Légion étrangère », insiste-t-il.
Jusqu'au jeudi 27 août, les ateliers se poursuivent. Environ 250 personnes sont mobilisées sur la journée, dont quelque 120 formateurs et 120 légionnaires formés.



