11 novembre : le général Irastorza appelle à se souvenir pour agir
11 novembre : le général Irastorza appelle à se souvenir pour agir

Âgé de 75 ans, le général Elrick Irastorza reste un passionné d’histoire militaire et politique. Ancien chef d’état-major de l’armée de terre et responsable de la mission centenaire sur la Grande guerre de 2014 à 2018, il vit à Castries, dans l’Hérault. Alors que le spectre d’un conflit armé ouvert avec la Russie revient dans l’actualité européenne, il rappelle l’enjeu des commémorations du 11 novembre, une journée dédiée à tous les morts pour la France.

Commémorer en 2025 : quel sens ?

Pour le général Irastorza, le 11 novembre ne doit pas être résumé à la seule Grande guerre. La loi du 28 février 2012 a fixé cette date pour commémorer tous les morts pour la France. « À quoi bon se souvenir ? La Grande guerre est la plus grande catastrophe humaine que nous ayons connue dans l’histoire de ce pays, et il n’est pas dit qu’un jour ou l’autre, on ne puisse pas être confronté à ce type d’affaire », explique-t-il. Se souvenir, c’est étudier le passé pour agir et éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.

Mémoire et action : un lien indissociable

Le général critique le terme « devoir de mémoire », qu’il n’apprécie guère. « On n’est pas dans une démarche de se souvenir parce qu’on le fait tous les ans. Non. On est dans une démarche d’action. Comment en est-on arrivé là ? Comment des gens de même civilisation en sont arrivés à ce massacre international ? Et que peut-on faire pour que cela ne se reproduise pas ? » Il rappelle que le 11 novembre 2018, sous l’Arc de Triomphe, 80 chefs d’État et de gouvernements étaient présents, dont Donald Trump et Vladimir Poutine. « Et vous voyez où on en est aujourd’hui ? À quoi ça a servi de commémorer pendant cinq ans ? Il faut continuer, parce que sinon ce serait pire. La mémoire sans l’action n’a pas de sens. »

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Le retour de la menace en Europe

Selon lui, l’effondrement de l’URSS en 1991 a fait naître des rêves de paix universelle, mais on a démantelé les armées en oubliant leur rôle de dissuasion conventionnelle. Aujourd’hui, il faut se réarmer pour renforcer la crédibilité des Européens. « En cas de conflit ouvert, il faut un stade intermédiaire puissant entre rien et l’arme nucléaire. Après elle, il ne restera rien. » Il insiste sur les drames familiaux derrière les grandes théories : « 900 tués par jour pendant 52 mois ! Vous imaginez écrire chaque jour “encore 900 tués au front” ? »

Les ingrédients des conflits mondiaux

Le général constate que l’opinion publique répugne aux charges militaires, mais que les gens s’inquiètent. « On a perdu de vue les accès de fièvre en Europe, comme la crise des euromissiles dans les années 1980. Aujourd’hui, on agite le spectre nucléaire. Il serait temps de se souvenir des effets terribles des conflits majeurs. » Il liste les causes : protection des frontières, survie des populations, ressources en eau, gaz, pétrole, et religions. Actuellement, deux crises se superposent : le conflit Russie-Ukraine et le prosélytisme religieux, qui s’infiltre partout. « Ce qui se passe en Afrique subsaharienne est inquiétant. Le 11 novembre, c’est se souvenir de tout cela, y compris des morts du Bataclan, victimes de la menace qui traverse les frontières. Il n’y a pas de télescopage entre le 11 et le 13 novembre. »

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